La France confrontée à un nouveau pic caniculaire


26 départements ont été placés en «alerte orange» canicule par la Chaîne Météo. Les températures pourront de nouveau atteindre les 40°C dans certaines villes, ce jeudi.

Entre restrictions et inquiétudes, la France affronte mercredi la journée la plus chaude du troisième épisode caniculaire enregistré depuis juin. Les températures pouvaient aller jusqu’à 40°C dans le Sud-Ouest et la sécheresse est chaque jour plus marquée. Si la journée de mercredi est «la plus chaude à l’échelle nationale», la «chaleur se renforcera encore ce jeudi de l’Alsace au centre-est» et sera la journée la plus chaude «sur cette partie du pays», a averti la Chaîne Météo*. 26 départements ont été placés en «alerte orange» par l’organisme en raison des températures élevées, qui pourront atteindre de 35 à 40°C jeudi. Le ministère de la Transition écologique a également annoncé mercredi que deux départements de plus sont désormais en crise sécheresse: la Lozère et le Haut-Rhin.

Sécheresse des sols

Cette vague de chaleur sera cependant plus courte que la précédente. La dernière a pris fin le 25 juillet et a duré 14 jours. Elle devrait se terminer à partir de vendredi sur la moitié nord mais persister, «quelques jours supplémentaires au sud en baissant graduellement d’intensité», selon la Chaîne Météo. «On est inquiet (de) ces répétitions rapprochées de vagues de chaleur», qui «ne permettent pas aux organismes de revenir à un fonctionnement normal», a expliqué Isabelle Bonmarin de Santé publique France (SPF). «On s’attend à une surmortalité dès qu’on passe en canicule (…) et notamment les 75 ans et plus», a ajouté son collègue Robin Lagarrigue, indiquant qu’un «bilan sera fait en septembre».

En attendant, dans les centres-villes, c’est la ruée sur l’eau: «On vend 100 bouteilles par jour, contre 20 d’habitude, alors que les Lyonnais sont en vacances!», relate ainsi un employé du kiosque à journaux Le Viste, en face de la place Bellecour. Le préfet de Haute-Corse, de son côté, a appelé mardi dans un tweet les citoyens à diminuer leur consommation d’eau car «à ce rythme (…) compte tenu des évolutions météorologiques attendues, il n’y aura plus d’eau dans 25 jours!». Sur différents fronts de feux de forêt, en Haute-Corse comme dans les Alpes-de-Haute-Provence, la situation était stabilisée. De même, le trafic des trains TER et TGV, interrompu mardi après-midi dans les Landes en raison d’un incendie, le feu ayant été fixé. Cette chaleur ne fait que renforcer la sécheresse.

Juillet 2022 est au second rang des mois les plus secs tous mois confondus en France depuis le début des mesures en 1958-1959, avec un cumul de précipitations agrégées de 9,7 millimètres, soit un déficit de précipitations d’environ 84% par rapport aux normales. À Gérardmer, (Vosges), le débit des sources est tellement faible que, depuis mercredi, la commune approvisionne avec l’eau du lac son réseau d’eau public. Résultat: l’eau sera déclarée non-potable, a priori pour 48h, le temps de réaliser des tests bactériologiques. Ce n’est pas une première, mais cela n’est jamais arrivé «aussi tôt», s’alarme le maire Stessy Speissman. En Haute-Corse le préfet a lancé un appel solennel, mettant en garde contre une «crise sévère inéluctable sans un effort collectif et solidaire de tous». Le record absolu de sécheresse des sols superficiels, datant de 2003, pourrait être battu.

«Nouvelle forme d’agriculture»

«J’ai vu mes fleurs d’olives griller», déplore ainsi Jean Berneau, oléiculteur à Lagorce (Ardèche). «Les olives noircissent, elles se rident et ont un calibre anormal», poursuit l’exploitant, 64 ans, qui, après avoir tiré 2 tonnes d’huile de ses olives en 2021, ne s’attend pas à en produire plus de 400 litres cette année. Autre conséquence de la canicule: EDF a annoncé de possibles «restrictions» de production à sa centrale nucléaire du Tricastin (Drôme), en raison des «prévisions de température élevées sur le Rhône», dont l’eau sert à refroidir les réacteurs. Alerte aussi sur le Rhin, où les bateaux doivent s’alléger d’un tiers en raison «des problèmes d’enfoncement», a prévenu Voies navigables de France. Près de 600 km de canaux sont également fermés, notamment dans le Grand Est et en Bourgogne, affectant les activités de plaisance.

Idem pour le niveau de la Garonne: à Toulouse, les pêcheurs à la ligne devaient se poster au milieu du lit du fleuve mercredi et des compagnies ont dû annuler de croisière reliant les quais de Bordeaux aux vignobles en amont. Sécheresse et canicule sont «la manifestation du réchauffement climatique, aujourd’hui plus personne» ne le «remet en cause», a expliqué mercredi matin la ministre de la transition énergétique Agnès Pannier-Runacher sur Cnews, pour qui, «le climat 2022 est peut-être le plus frais des années à venir». L’hydrologue Emma Haziza va plus loin: «il va falloir réfléchir à une nouvelle forme d’agriculture», a-t-elle dit sur France 2. Et d’interroger: «peut-on encore se permettre de continuer» à cultiver du maïs «qui a besoin d’énormément d’eau en surface?».

*La Chaîne météo est une propriété du groupe Figaro.


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