une sorte d’abeille des mers, l’idotée, pratique la pollinisation pour des algues


On sait depuis longtemps que les animaux aident les plantes à se reproduire sur terre, c’est la pollinisation. On vient pour la première fois de trouver la même chose sous l’eau : un petit crustacé qui transporte les gamètes d’une algue rouge. 

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La nature a été assez injuste en organisant la reproduction des espèces. Certains gamètes males sont équipés de ce qu’on appelle un flagelle (c’est le cas du spermatozoïde humain) : pour eux, c’est assez simple d’aller féconder les gamètes femelles. Mais d’autres ne sont pas « véhiculés » et doivent donc trouver un allié, comme ce petit crustacé merveilleux, l’idotée. Il a un peu l’allure d’une crevette d’1 cm de long qui a l’élégance de marcher sur cette algue rouge, la gracillaire, de charger ses pattes et sa carapace de gamètes males un peu collantes et d’aller les déposer chez les femelles. Exactement comme une abeille ou une guêpe passe de fleur en fleur pour distribuer le pollen.

C’est la toute première fois qu’on met en évidence ce type de pollinisation animale pour des algues. Il y a une quinzaine d’années, on l’avait observé avec des plantes marines à fleur mais l’algue n’est pas une plante à fleur, c’est plus compliqué (elle n’a pas de racine et des organes de reproduction invisibles.)

Depuis 20 ans qu’ils y travaillent, les chercheurs du Centre national de la recherche scientifique (CNRS) de Roscoff emmenés par Myriam Valéro et Christophe Destombes ont d’abord pensé que le courant transportait les gamètes. Mais dans les cuvettes de roches où vit cette algue rouge, ils ont vu qu’elle était davantage fécondée à marée basse dans une eau calme qu’à marée haute avec du courant. Un jour ils ont remarqué toutes ces idotées accrochées aux algues. Ils en ont mis dans deux aquarium : algues mâles et femelles à 15 cm les unes des autres, sans idotées dans le premier, avec dans le second. Devinez où il y a eu le plus de fécondation ? Dans le second bien sûr. 20 fois plus.

Le crustacé y trouve son compte lui aussi. La preuve et c’est incroyable : le crustacé ne mange pas l’algue rouge (alors qu’il mange les autres ). Il lave même le humus qui l’encombre, ce qui facilite la photosynthèse. Et en retour, on pense que l’algue l’abrite et le protège des prédateurs.On découvre en tout cas avec cette publication de la revue Science que la pollinisation est beaucoup plus ancienne que ce qu’on pensait (puisque ces algues rouges ont plus de 800 millions d’années). On parlait de 140 millions d’années pour les plantes à fleurs.

On comprend à quel point cette entraide entre l’animal et le végétal sont précieux pour la biodiversité. Et donc à protéger. « C’est notre chaîne alimentaire, c’est l’équilibre des océans » rappelle Myriam Valéro la chercheuse de Roscoff,  formulant le vœu qu’on y réfléchisse à deux fois avant de bétonniser les côtes.





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