Solidays, théâtre de la solidarité depuis 24 ans pour son patron Luc Barruet


PORTRAIT – Depuis sa création, cet homme de 55 ans porte à bout de bras le festival qu’il considère comme une «centrifugeuse affective». Et entend bien faire oublier les deux ans de crise sanitaire et faire mieux en terme de fréquentation et de recettes qu’en 2019, année record pour la manifestation.

«Quand tu seras homo ou séropo, tu pourras ouvrir ta gueule», lui disait-on à l’époque. Pourtant, Luc Barruet est depuis 30 ans le patron de Solidarité Sida, l’association qui a créé le festival Solidays pour mobiliser contre la maladie. «C’était au début, soyons clair, explique t-il lors d’un entretien à l’AFP. Aujourd’hui, les relations se sont considérablement apaisées, l’environnement n’est pas le même, les militants ne sont pas les mêmes».

Étudiant en sciences politiques et sociales à la Sorbonne en 1992, celui qu’on surnomme aujourd’hui «Monsieur Solidays» n’a que 25 ans quand il décide d’agir à sa propre échelle contre le sida, un fléau sanitaire en pleine expansion.

Pas concerné directement, Luc Barruet est néanmoins animé par un désir d’aider les autres qui s’est manifesté dès le plus jeune âge, en défendant par exemple ses camarades rackettés à l’école. En créant Solidarité Sida avec un ami, Éric Elzière, ils se fixent pour objectif de récolter 1,5 million d’euros pour aider les malades.

«C’était dur, il a fallu aller voir les gens, convaincre, être pris au sérieux. Je mettais ma flanelle et mon blazer, pour gagner un peu un petit peu de crédibilité», se souvient-il encore, le sourire aux lèvres. Mais Luc Barruet se définit comme «un utopiste pragmatique», «quelqu’un qui vise les étoiles, ambitieux et qui considère que tout ce qui est souhaitable est possible en terme de solidarité».

Il tape aux portes de personnalités comme Antoine de Caunes, qu’il approche en se faisant passer pour un livreur chez Canal+, où l’animateur officie à l’époque. La persévérance finit par payer, car Antoine de Caunes est depuis 25 ans président d’honneur de Solidays. Luc, quant à lui, a gravi un à un les échelons de Solidarité Sida, d’étudiant bénévole, à salarié puis directeur de l’association qui souffle ses trente bougies cette année.

«Lieu de pèlerinage»

Une autre rencontre marquante dans le parcours de Luc Barruet: Alpha, un imam sénégalais, aujourd’hui décédé, qu’il a connu lors d’une mission en Afrique. Alpha est venu «une, deux fois» à Solidays, alors qu’il n’avait pas l’habitude de quitter le Sénégal. Lorsqu’il lui demande si le festival lui plaît, Alpha lui répond : «Tu sais Solidays, c’est un lieu de pèlerinage. Un endroit où on va partager les choses avec sa communauté. Quand on en sort, on se sent plus fort et on croit plus fort dans la valeur humaine.»

Des mots qui résonnent encore en lui. «Vous n’imaginez pas le nombre de personnes et même des jeunes pour qui Solidays est devenu un rendez-vous initiatique», un passage «vers un quotidien plus ouvert aux autres».

À 55 ans, «malgré quelques petits coups de mou», Luc Barruet n’est pas encore prêt à laisser sa place de «metteur en scène» du festival parisien. «Solidays, c’est un peu une sorte de centrifugeuse affective ; on a trouvé la clé de contact et on arrive pour l’instant à l’activer tous les ans, quand on ouvre les portes».

Alors pour cette 24ème édition, de vendredi à dimanche, le fondateur de Solidays entend bien faire oublier les deux ans de crise sanitaire et faire mieux en terme de fréquentation et de recettes qu’en 2019, année record.

Black Eyed Peas, Damso, Eddy de Pretto, Matthieu Chedid, Ninho, OrelSan ou encore Yseult font partie des personnalités qui seront sur scène ce week-end à Solidays.

En outre, «il devrait peut-être y avoir entre 20 et 30 personnalités qui vont faire du bénévolat cette année», indique Luc Barruet. «Peut-être que les festivaliers qui vont aller acheter des T-shirts, du merchandising vont tomber sur Antoine de Caunes, Kad Merad ou Roschdy Zem», ajoute-t-il, l’air malicieux. Rendez-vous dès vendredi à l’hippodrome de Paris-Longchamp.



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