pourquoi les souvenirs font du bien


Quand tu nous tiens… La nostalgie est un sentiment positif qui renforce l’estime de soi, la confiance en l’avenir et l’amitié partagée. Et elle n’est pas l’apanage des personnes âgées !

Feuilleter les albums de photographies de l’enfance, du mariage, des naissances. Écouter de vieux tubes de variétés. ­Savourer les mêmes petits gâteaux que nous offrait une vieille tante. Tous ces ­petits rituels sont à même de nous plonger dans la nostalgie d’un passé révolu. Et c’est positif pour notre psyché ! Comme le note Véronique Lefebvre des Noëttes, psychiatre des personnes âgées à ­Limeil-Brévannes (AP-HP), « pour autant qu’elle ne soit pas teintée de trop de douleurs ou de souffrances, et dès lors que la parole est accueillie par des professionnels, cette nostalgie est une aide précieuse dans la prise en charge psychothérapique. Qu’il s’agisse de valoriser ­l’estime de soi chez des personnes souffrant de la maladie d’Alzheimer ou d’accéder aux souvenirs qui posent ­problème en cas de stress posttraumatique ».

Étonnant ! La nostalgie désigne à l’origine une maladie. Dérivé du grec nostos, qui signifie « retour », et ­algos, « souffrance », le mot nostalgie aurait été inventé en 1688 par un médecin suisse, Johannes Hofer, pour désigner l’étrange mal dont souffraient les soldats en mission loin de leur pays. La « nostalgia » n’était autre pour lui que « le désir ardent de l’âme affligée à ­retourner dans sa patrie ». Dans sa thèse de médecine, il donnait une description clinique de ce qu’il considérait comme une pathologie – tristesse chronique, fièvre, palpitations… – tout en détaillant ses causes et traitements – des purges aux saignements jusqu’à l’ultime prescription… Le retour au pays !

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Il faudra attendre le XXe siècle et les travaux du sociologue américain Fred Davis pour que l’on dissocie le concept de nostalgie de la maladie, en lui associant au contraire des expressions positives : n’est-il pas question, fait-il remarquer, « de beauté, de plaisir, de joie, de satisfaction, de bonté, de bonheur, d’amours passées, soit, en somme, d’affects positifs » ? Notant que les souvenirs d’enfance suscitent généralement un sentiment de ­sécurité, le chercheur suppose que se projeter avec émotion dans son passé est important pour consolider sa propre identité.

Une chanson pour célébrer les Halles

Pour le Britannique Constantine Sedikides, professeur de psychologie sociale à l’université de Southampton, la nostalgie constitue « une force fondamentalement ­humaine » qui stimule le partage et les liens sociaux, et donne confiance en soi comme dans l’avenir. Le Dr ­Lefebvre des Nöettes ne le contredira pas. Elle ­évoque le souvenir d’un atelier mémoire et d’un patient souffrant de la maladie d’Alzheimer : « Il avait travaillé comme boucher dans les anciennes Halles de Paris, dont j’avais apporté un plan et des images, et il s’était mis à ­raconter ce qui s’y passait, en agrémentant ses propos de chansons : son plaisir à partager et à transmettre était immense, et le nôtre aussi. »

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Certaines expériences du Pr Sedikides ont permis d’expliciter les bienfaits de cet état d’esprit. Il y a quelques années, son équipe de psychologues a influencé des ­volontaires pour qu’ils ressentent – ou pas – une certaine nostalgie. Le groupe a ensuite été invité à préparer une salle en vue d’une conférence. Les personnes « nostalgiques » ont installé les chaises plus proches les unes des autres et ils se sont montrés plus enclins à s’aider ­entre eux. Dans d’autres expériences, les chercheurs ont constaté que seuls les souvenirs nostalgiques stimulaient l’optimisme. Ou encore, que des personnes rendues nostalgiques se montraient plus généreuses dans leur désir de dons à des organisations caritatives.

Encourageant le lien vers l’autre, favorisant l’estime de soi et l’optimisme, la nostalgie pourrait aussi motiver la poursuite d’objectifs personnels et professionnels et stimuler la créativité. Loin d’être une fuite hors du temps présent, ce sentiment plus ou moins prégnant ­selon la personnalité, l’humeur et la culture présenterait donc d’innombrables atouts. Mais contrairement à une idée reçue, le grand âge n’est pas la période la plus propice à sa survenue : c’est, en effet, vers la fin de l’adolescence et au début de notre vie d’adulte que nous ­serions les plus nostalgiques…



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