Absentéisme, postes vacants… Une étude souligne les difficultés des hôpitaux publics


La fédération hospitalière française précise notamment que la quasi-totalité des établissements interrogés rencontrent des difficultés pour attirer du personnel.

À l’hôpital, la crise éclate à tous les étages et les preuves du mal-être global ne cessent de s’accumuler. Dans une enquête portant sur les mois d’avril et mai, dévoilée par l’AFP ce mercredi et transmise au Figaro, la Fédération hospitalière française (FHF) revient sur la situation des établissements publics de santé et médico-sociaux en matière de ressources humaines. Les 405 établissements ayant répondu à l’enquête représentent quelque 382.000 professionnels non médicaux, de quoi dresser un panorama représentatif de la situation, selon la FHF.

Le champ lexical de l’étude est sans appel et les griefs relevés nombreux. D’abord, l’absentéisme s’est stabilisé «à un niveau historiquement élevé», mettant les équipes sous tension. En 2021, le taux moyen observé sur l’année atteignait 9,9%, soit un point de pourcentage de plus qu’en 2019 et 2,5 points de plus par rapport à 2012. Si l’absentéisme a légèrement reflué par rapport à 2020, il reste fixé à un niveau record et continue même d’augmenter dans les CHU.

Ensuite, malgré un renforcement des effectifs atteignant «3% […] en 3 ans», les établissements publics souffrent encore de nombreux postes vacants. En d’autres termes, «si davantage de soignants travaillent dans les établissements depuis 2019, cette situation n’a pas permis de réduire la proportion de postes vacants» chez les infirmiers et aides-soignants. Ces derniers ne sont toujours pas en nombre suffisant, alors que la demande de soins a augmenté. La part de postes vacants pour les infirmiers diplômés d’État est ainsi passée de 7,5% à 13,1% en trois ans dans les établissements et services médico-sociaux (ESMS), et de 3% à 6,6% dans les établissements de santé, hors CHU. À l’inverse, la situation pour les aides-soignants s’est améliorée dans les ESMS et les CHU ou CHR, mais elle s’est aggravée dans les autres établissements de santé.

Sur le plus long terme, recruter pour répondre aux besoins et combler les vides tourne au casse-tête, notent les établissements, dont huit sur dix «connaissent des difficultés» permanentes pour attirer des candidats et 19% des difficultés ponctuelles. La priorité reste de recruter des infirmiers pour les CHU et CH, et des aides-soignants pour les Ehpad, est-il précisé. En outre, le personnel prêt à travailler de nuit est particulièrement recherché.

Le retard de soins accumulé durant l’épidémie est difficilement rattrapable, faute de bras. La charge de travail augmente donc, pour les personnels qui restent, de même que la fatigue, les heures supplémentaires et le recours à l’intérim, solution pour combler temporairement les vides dans les équipes. Autre piste particulièrement décriée pour soulager les équipes, de nombreux établissements sont forcés de fermer temporairement des lits, jusqu’à 40% d’entre eux, et 85% des CHU et CHR.

Pour autant, malgré le manque de bras, il n’existe aucune cohorte de personnels non-vaccinés, suspendus depuis plusieurs mois, qui pourraient aider les équipes en étant réintégrées, juge la FHF. «Environ 4000 à 5000 professionnels tous métiers confondus, soignants et non soignants», sont encore suspendus au 1er avril, estime la fédération, soit 0,3% du total des agents dans la fonction publique hospitalière. Une goutte d’eau, et certainement pas de quoi sauver l’hôpital.

Un «été difficile se profile»

La conjonction de ces différents facteurs donne à voir une situation humaine sans précédent dans les couloirs des établissements. Certes, ces derniers mois, la situation a pu se stabiliser partiellement avec le Ségur de la santé, et le constat peut différer en partie selon le type d’établissements. Mais l’ampleur de la crise, à l’orée des congés, fait désespérer les professionnels. La FHF elle-même s’attend d’ailleurs à des mois chargés : «un été difficile se profile sur le plan notamment de la gestion des soins non programmés», avertit-elle.

Ce document n’est que la dernière preuve en date des nombreux maux dont souffre l’hôpital public depuis des années. Fin mai, des données remontant du terrain avaient souligné que de nombreux territoires voyaient des services entiers fermer, faute de personnel pour s’en occuper. Et ce, alors même que les congés d’été n’avaient pas commencé. Interrogés, des professionnels voyaient les prochaines semaines avec un mélange de résignation et d’inquiétude : «Je ne vois pas de perspective d’amélioration dans les deux ans à venir, et mes collègues non plus. Alors, jusqu’à quand va-t-on tenir ?», s’interrogeait, fin mai, un membre du Collectif inter-urgences. L’été va être «atroce», avertissait de son côté le président de l’Association des médecins urgentistes hospitaliers de France, Patrick Pelloux, en mai. Une chose est sûre : nul doute que le profil du futur remplaçant de la ministre de la Santé Brigitte Bourguignon, qui quittera le gouvernement, après son échec aux législatives, sera scruté de près par la profession.



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