les plateformes d’hydrocarbures, des cibles tentantes


L’armée ukrainienne a pris pour cible lundi une plateforme d’hydrocarbures en mer Noire, exploitée par la Russie. Une cible militaire pour Kiev mais qui peut avoir de lourdes conséquences écologiques.

L’Ukraine a dit mardi 21 juin avoir visé la veille des plateformes de forage en mer Noire, utilisées selon elle comme «installations» militaires par les Russes pour renforcer leur contrôle dans la région.

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«Sur ce site, la Russie a organisé de petites garnisons, y a stocké du matériel de défense antiaérienne, y compris des radars. C’est-à-dire que ces plateformes se sont transformées en installations qui ont aidé et aident les Russes à renforcer leur contrôle total de la partie nord-ouest de la mer Noire», a affirmé le porte-parole de la région d’Odessa, Serguiï Bratchouk, lors d’une conférence de presse en ligne. Selon lui, il y avait aussi des outils de «reconnaissance» sur les plateformes d’extraction de gaz situées à 70 kilomètres d’Odessa, port du sud de l’Ukraine sur la mer Noire.

Lundi, il avait indiqué que ces plateformes étaient «des cibles militaires légales» pour l’Ukraine: «C’est une petite garnison. Ce n’est pas simplement une plateforme pour extraire du gaz», avait-il assuré dans une vidéo postée sur sa chaîne Telegram. Sept personnes étaient portées disparues lundi soir, selon un responsable russe. Il s’agit de la première frappe rapportée contre une infrastructure d’hydrocarbures offshore en Crimée depuis le début de l’offensive que mène la Russie contre l’Ukraine.

Des conséquences écologiques lourdes

Les plateformes maritimes d’extraction d’hydrocarbures sont des cibles tentantes et faciles, mais les conséquences écologiques de leur destruction peuvent être potentiellement lourdes. Selon le ministère russe de la Défense, après que lundi des missiles antinavires et un (drone) Bayraktar TB2 ont attaqué les plateformes, «un incendie puissant s’est déclaré sur la plateforme BK-1, créant une menace de catastrophe écologique».

Le site FIRMS, lié à la Nasa et permettant la surveillance des incendies, montrait en effet qu’un incendie s’est déclaré en mer lundi et était encore actif mardi matin. L’AFP a croisé cette localisation avec une base de données européennes permettant de voir les structures d’extraction d’hydrocarbures : cela correspond à la plateforme Modu Tavrida, également appelé Boyko Towers, exploitée par Tchernomorneftegaz. Les installations de la mer Noire ont été saisies par les Russes après l’annexion de la Crimée en 2014 et le gaz est consommé sur la péninsule où il est acheminé par gazoduc.

«Aussi idiot qu’occuper Tchernobyl»

Attaquer une plateforme, «ce n’est pas une chose très intelligente. C’est aussi idiot que d’aller occuper Tchernobyl», comme les Russes l’ont fait au début de leur offensive lancée le 24 février, explique Thierry Bros, expert sur l’énergie et le climat à Sciences Po, auteur notamment de «Géopolitique du gaz russe» (éditions l’Inventaire).

Les Russes «ont installé des petits contingents sur les plateformes. Ils ont déployé des systèmes de défense anti-aérien, y compris des radars, du matériel de reconnaissance. Ces plateformes sont devenues des sortes de fortifications qui ont aidé et continuent d’aider les Russes dans leur tentative d’avoir le contrôle total du Nord-Ouest de la mer Noire», a justifié mardi un porte-parole militaire de la région d’Odessa, cité par Interfax-Ukraine.

Une affirmation invérifiable par l’AFP. D’une manière générale, plus la Russie contrôle cette zone maritime, plus lourdes sont les menaces qui pèsent sur la façade maritime restante de l’Ukraine, et notamment Odessa. D’un point de vue écologique, comme c’est une plateforme gazière, il n’y a pas de risque de marée noire, mais «vous avez des champs qui vont brûler, brûler, brûler, cela va émettre dans l’atmosphère du CO2 et du méthane, deux gaz à effet de serre».

Pas d’impact sur la situation en Crimée.

D’un point de vue énergétique, l’impact est quasiment nul pour la Russie. Les plateformes perdues par l’Ukraine en 2014 produisaient entre 2013 et 2015 de l’ordre d’un milliard de m3 par an, «ce n’est rien par rapport à la production russe, qui est de l’ordre de 640 milliards de m3 par an», rappelle Thierry Bros. En revanche, cela va peser sur la situation en Crimée. En effet, le gaz extrait est acheminé et consommé sur place en Crimée, rappelle le professeur. Quoi qu’il en soit, les plateformes sont des cibles tentantes car immobiles et difficiles à protéger. Par le passé, elles ont déjà été attaquées dans des conflits, comme pendant la guerre Iran-Irak (1980-1988), ou pendant la guerre du Golfe (1991).

«Il est compliqué de sécuriser une plateforme face à un tel missile, car elle n’est pas optimisée pour recevoir un système sol-air d’autoprotection. Une couverture efficace ne peut venir que de bâtiments de surface», relève le chercheur français Pierre Grasser, spécialiste de la Défense russe associé au laboratoire Sirice. «En mer Noire la Russie dispose de seulement 6 bâtiments armés pour intercepter ces missiles.»

«C’est peu, compte tenu des retours aux ports à faire cycliquement, du maintien deux navires en protection de l’île des Serpents – dont la protection est prioritaire – cela laisse donc deux à trois unités pour couvrir tout le reste de la mer». La pollution provoquée par destruction peut durer. «Si l’incendie a atteint le forage, cela va être plus compliqué», estime Thierry Bros. Au cas où la tête de puits serait détruite, une sorte de vanne au fond de l’eau, on est alors «face à une inconnue et les ingénieurs devront trouver une solution».


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