la dernière tournée de surveillance réalisée avec vigilance, assure le cheminot


L’ultime tournée de surveillance, effectuée huit jours avant la catastrophe ferroviaire de Brétigny, nécessitait-elle deux cheminots ? L’ex-cheminot l’ayant réalisée a assuré mercredi 11 mai, devant le tribunal d’Évry, avoir pu y consacrer toute son attention, même seul.

Cet ancien cadre cheminot est jugé aux côtés de la SNCF (héritière pénalement de SNCF Infra, chargée de la maintenance) et le gestionnaire de voies SNCF Réseau (ex-Réseau Ferré de France) pour «homicides involontaires» et «blessures involontaires». À l’époque dirigeant de proximité, il encourt jusqu’à trois ans d’emprisonnement et 45.000 euros d’amende, après le déraillement d’un train en gare de Brétigny-sur-Orge (Essonne) en 2013, qui a fait sept morts et plus de 400 blessés, physiques et/ou psychologiques.

Une «appréciation fautive»

Le retournement d’une éclisse, sorte de grosse agrafe reliant deux rails, a causé l’accident. Au moment des faits, Laurent avait 24 ans et dirigeait une vingtaine d’agents chargés de la maintenance du secteur. L’accusation lui reproche une «appréciation fautive», celle d’avoir effectué «seul la dernière inspection des voies», avec une attention «manifestement insuffisante». À ses yeux, le cadre aurait dû être accompagné d’un annonceur, c’est-à-dire une personne chargée de guetter l’arrivée des trains pendant que lui vérifiait l’appareil de voie.

À la barre, Laurent assure que son attention n’a pas été entachée par l’absence d’annonceur. Il explique avoir «jeté un coup d’œil au panneau d’affichage» pour savoir quand les trains arrivaient. «J’avais dans ma tête le cadencement des trains pour les deux prochaines heures». «Vous avez retenu les informations pour les quatre voies ?», s’étonne la présidente de la chambre. «Non, (…) j’ai regardé pour les voies où des trains allaient arriver à court terme, puis j’ai regardé la voie où j’allais cheminer». Le fait d’être seul a allongé la durée de sa tournée, «mais en aucun cas» cela n’a «affecté des aspects techniques».

«J’ignorais ce document»

Un avocat des parties civiles l’interroge sur un référentiel évoquant des tournées à réaliser à deux. «J’ignorais ce document» à l’époque, répond Laurent, assurant qu’il n’aurait «pas volontairement dérogé au règlement». La présidente a relevé la multitude de référentiels et de normes cités par les uns et les autres, appelant les parties à ne pas «noyer le tribunal» de documents, comme l’ont été les juges d’instruction pendant l’enquête. «L’agent en tournée a une certaine faculté d’organisation», tente de résumer à la barre Alain Autruffe, représentant légal de la SNCF. «Le référentiel national n’impose pas d’être accompagné d’un annonceur.»

Par ailleurs, Laurent a expliqué se limiter à «une inspection visuelle complète de la voie et des abords», alors qu’il demandait «systématiquement un annonceur, voire deux» pour les tournées de ses agents qui, contrairement à lui, «pouvaient devoir intervenir immédiatement» en effectuant des réparations sur la voie. Laurent dirigeait deux brigades. Le chef d’une de ces brigades a aussi témoigné mercredi. «Comment étaient formés les agents ? Y avait-il une trame, des points à respecter impérativement ?», l’interroge une avocate de partie civiles, Marie-Laure Ingouf.

«Non, moi j’ai appris avec les anciens et on formait les jeunes directement sur les chantiers», répond-il, déplorant une déperdition des compétences: «Les anciens étaient partis en 2013», année de l’accident. L’avocat de la SNCF, Emmanuel Marsigny, nuance ce «sentiment»: les agents de sa brigade avaient «en moyenne 11,4 années d’ancienneté» en 2013. Depuis son ouverture fin avril, ce procès, prévu sur huit semaines, est le théâtre d’échanges acerbes.

Mercredi, Me Ingouf a souligné la problématique du «fossé économique» entre les moyens de la défense et des victimes. «Tant mieux si la défense connaît par cœur» les éléments du dossier, mais il faut cesser «d’insulter les avocats des parties civiles»: «oui, nous n’avons pas pu travailler le dossier de la même manière», mais nous n’avons pas le «même luxe économique dans ce dossier». Lorsque la SNCF a été sollicitée par un avocat représentant une vingtaine de parties civiles, dont la Fenvac, «pour obtenir des moyens et notamment la rémunération d’un expert, la SNCF lui a versé 180.000 euros», tient à préciser, en marge de l’audience, Me Marsigny. «La SNCF n’a été saisie d’aucune autre demande», affirme-t-il à l’AFP.



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