Le Siècle d’or espagnol, une inspiration pour Molière


Directe ou non, l’influence du théâtre espagnol est incontestable chez Molière. Témoin de sa fascination intellectuelle pour ce pays, il y a ancré plusieurs de ses récits dont L’École des maris ou Don Juan.

Contemporain du Siècle d’or espagnol (1492-1681), période qui a vu l’Espagne rayonner en Europe, Molière a puisé une partie de son inspiration dans certaines de ces productions théâtrales y voyant là une «matière première» pour ses propres créations.

«Molière a vécu à une époque où la littérature espagnole du Siècle d’or s’exportait énormément, explique à l’AFP Christophe Couderc, professeur de littérature et de civilisation espagnoles du Siècle d’or à l’Université Paris-Nanterre. Elle était présente partout en Europe et par conséquent en France».

Plus de 30.000 œuvres de répertoire auraient vu le jour durant cette période. Un foisonnement unique en Europe. «Les habitants des villes espagnoles allaient quotidiennement au théâtre, ce qui n’était pas le cas dans les autres pays européens», ajoute M. Couderc.

A contrario, dans la France du Cardinal Richelieu (Premier ministre de Louis XIII, NDLR) «la littérature et le théâtre étaient des sujets politiques», et non un divertissement pour la population, complète-t-il.

Modèles espagnoles

Connus en France à cette période, les dramaturges Calderón de la Barca, Tirso de Molina ou encore Lope de Vega -aujourd’hui parmi les plus illustres noms du théâtre espagnol- vont devenir des modèles pour de nombreux aspirants dramaturges.

Ainsi, Le Cid de Corneille (1637), chef-d’œuvre de la littérature classique française, s’inspire directement d’une pièce de l’Espagnol Guillén de Castro. Le théâtre du Siècle d’or a été une source d’inspiration «directe et indirecte», souligne auprès de l’AFP Georges Forestier, auteur d’une biographie de Molière et spécialiste du dramaturge.

«Directe comme dans le cas de Corneille qui est une adaptation d’une œuvre espagnole et indirecte à travers les troupes d’acteurs italiens qui brillent dans toute l’Europe», poursuit-il.

Signe de la fascination intellectuelle autour de l’Espagne, Molière a ancré plusieurs de ses récits dans ce pays parmi lesquels, l’École des maris, ou encore Don Juan, dont sa version demeure l’une des plus populaires au monde.

«Molière avait une telle connaissance de l’espagnol qu’il était probablement capable d’écrire dans cette langue», assure un article de recherche d’Ernest Martinenche datant de 1906, s’appuyant sur des vers espagnols présents dans Le Bourgeois Gentilhomme (1670).

«Matière première»

En 1646, il entame une tournée avec sa compagnie dans le sud de la France, où il assiste à la représentation d’un auteur local Guérin de Bouscal, inspirée du chef-d’œuvre de Miguel de Cervantès, Don Quichotte.

L’œuvre Le gouvernement de Sanche Pansa de Bouscal finit par intégrer le répertoire de la troupe de Molière et fut ainsi jouée plus de 30 fois entre 1659 et 1665, assure M. Couderc.

À ce jour, aucun document n’atteste que Molière ait pu jouer un personnage créé par Cervantès. Mais selon les experts et chercheurs, l’œuvre de Molière est truffée de références au répertoire espagnol du Siècle d’or, à une époque où la notion de propriété intellectuelle n’existait pas.

«La comédie espagnole n’a jamais été pour lui une structure mais une matière première», a écrit en 1983 l’un des plus fins connaisseurs de son œuvre, Alexandre Cioranescu.



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