« Il y a une crise de l’école qui est très profonde, et on est fatigué, cette pandémie nous a épuisés »


Depuis ce samedi 15 janvier, le pass sanitaire est conditionné à un schéma vaccinal complet avec trois doses de rappel. On peut aussi, toujours pour quelques jours encore avant l’instauration du pass vaccinal, avoir un test valable pour 24 heures. Mais à partir d’aujourd’hui, quelques centaines de milliers de Français qui ne sont pas à jour avec leurs doses de rappel perdent leur pass sanitaire. Il est suspendu.

Cela s’appuie sur des chiffres avancés cette semaine par Olivier Véran, le minisitre de la Santé. Invité de France Info, il soulignait qu’il avait une estimation à peu près « entre 500 et 700 000 qui, lundi 10 janvier, n’avait pas encore reçu leur rappel. Mais parmi ces 500 à 700 000 personnes, il y en a un nombre conséquent qui, en fait, ont présenté une infection et qui n’ont pas encore mis la preuve de leur infection dans leur système Tous anti-covid. Mais le rappel est la règle, a ajouté le ministre, et le non rappel est l’exception. 

franceinfo : Cette semaine, la quasi totalité des Français qui sont concernés ont fait en sorte d’avoir leur pass sanitaire validé aujourd’hui avec la dose de rappel. Jean Viard, est-ce que, d’après vous, c’est de l’adhésion ? Parce que les Français considèrent que c’est une mesure sanitaire de bon ton. Ou alors c’est surtout dû à la contrainte qu’elle impose. Sans pass sanitaire, on ne peut plus rien faire. Ou alors les deux. C’est peut être propre à cette pandémie ?

Jean Viard : Je crois que fondamentalement, on suit les règles. D’abord parce qu’on a eu peur de ce virus. Ensuite parce qu’on a peur de contaminer les autres. Et puis, à un moment, on a remis notre confiance dans un gouvernement, sur ce point là, pas sur le reste, et finalement, c’est plus facile de suivre la ligne. 

Mais il y a cette grande lassitude puisque ça fait bientôt deux ans qu’on a ce virus. Est-ce que d’après vous, cette lassitude, elle peut nous amener au bout d’un moment, à nous poser autant de questions qu’avant, à ne plus être aussi contestataire et finalement à faire un peu ce qu’on nous dit ? 

Ce qui est toujours compliqué, c’est que quand on demande aux Français est-ce que vous êtes heureux, ils sont plus heureux qu’avant la pandémie. Ce sont les chiffres du laboratoire Elabe. Quelque part, c’est vrai que quand on vous donne les règles à suivre, c’est reposant. C’est tout le danger de ce genre de période, c’est qu’à un moment, on vous donne une règle pour râler un peu, vous la suivez, ça vous évite de réfléchir.

Donc, c’est vrai que c’est pour ça qu’il faut faire très attention au retour des libertés, et à leur défense, dans ce genre de contexte. Mais fondamentalement, je crois que les gens ont compris que c’était une maladie dangereuse qui gâchait la vie, et ils louvoient pour essayer de passer à travers l’obstacle. On a quand même le sentiment qu’on s’approche d’une période où la maladie sera moins une pandémie et plus une maladie chronique. Un peu comme la grippe quoi. 

Et puis, la grosse actualité de cette semaine dans la gestion de l’épidémie, c’est ce qui s’est passé à l’école, cette grève massive, les enseignants et les parents en colère ensemble. Ce qui est assez inédit face à la complexité et au caractère fluctuant des protocoles sanitaires mis en place en milieu scolaire, plus globalement aux conditions de vie à l’exposition au virus des enseignants.

Est-ce que, d’après vous, c’est un tournant dans cette crise, puisque vous nous avez dit jusqu’à maintenant que les Français comprennent, acceptent les changements de dernière minute, face à l’évolution de l’épidémie, par le gouvernement, et là, on voit que c’est précisément ce qui bloque. On nous avertit au dernier moment, ça change tout le temps, etc. 

Oui, enfin, ils sont allés très fort, le ministre, en annonçant le dimanche quelque chose pour le lundi matin, c’est particulièrement brutal. En plus il faut faire attention. Je pense que les parents revendiquent l’ouverture de l’école avec des règles. Les enseignants sont plus prudents. Ils seraient peut-être, dans certains cas, pour la fermeture. Donc ils ne sont pas d’accord. Ils ne sont pas contents, mais ils ne sont pas toujours d’accord sur tout. 

Jean Viard, je vous repose un peu la question : est-ce que, d’après vous, cette grève, c’était propre à cette situation à l’école ? Ou alors l’expression d’un ras-le-bol un peu plus large ? 

Deux tests, deux tests difficiles à trouver, de décalage entre : il faut faire tant de tests, il y en a pas à la pharmacie, etc. Et puis, dès qu’on touche aux enfants, on est tous très nerveux. On voit nos enfants pleurer quand on leur fait le test dans le nez. Humainement, c’est très douloureux pour les parents. C’est une chose qu’il faut tout à fait comprendre.

Je pense qu’il y a une crise de l’école qui est très profonde et un rejet très profond du ministre. Ça, c’est une chose. Et au fond, ça, c’est un peu la goutte qui fait déborder le vase. Et puis, dans toute la société, on est fatigué, et cette pandémie nous a épuisés. Il y a tout ça en même temps. Mais après, en même temps, on n’est pas dans une période de grand conflit social. A priori, on est avant une élection, donc ce n’est pas impossible que ça soit une grande journée d’explosion importante, très importante, et que ça peut calmer le jeu jusqu’aux élections.





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