six ans après, Molenbeek, quartier d’origine des frères Abdeslam, aimerait tourner la page


« Dans tomate, il y a quoi comme lettres ? », demande une femme à un enfant, attablé, en train de faire ses devoirs. On se croirait dans une école, mais nous sommes en fait dans l’ancien café des frères Abdeslam, membres du commando des attentats du 13 novembre 2015, dans le quartier de Molenbeek à Bruxelles (Belgique). Ce lieu est devenu un local, partagé par plusieurs associations. L’une d’elles propose notamment du soutien scolaire. « C’était justement ce local-là qu’il fallait investir pour peut-être aussi réparer, pour dire ‘ben non, on ne va pas s’arrêter là, ça ne peut pas rester ça, ce n’est pas nous’, » estime la directrice Assetou Elabo.

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« Nous », ce sont les habitants de Molenbeek, bien conscients du regard suspicieux posé sur eux depuis les attentats. « Il y a une tâche sur Molenbeek, ça va prendre du temps pour pouvoir la nettoyer, reconnaît Meryam Fellah. C’est surtout au niveau de la réputation que ce sera plus difficile. » À 27 ans, elle a fondé une association pour aider les lycéens qui souhaiteraient faire des études supérieures parce que, pour les jeunes, notamment ceux qui partent à l’étranger, l’image du quartier pose problème. « Quand j’allais en France, on me disait ‘mais ça va, pour vivre, là-bas ?’, oui ça va très bien », assure-t-elle dans un rire. « Il y avait beaucoup plus de préjugés qu’autre chose. » 

En effet, Molenbeek, c’est aussi un lieu vivant, à certains égards agréable. Il y a même des « bobos » qui commencent à s’installer dans ce quartier où plus d’un habitant sur deux est d’origine marocaine.

Cette commune, il y en a une qui la connaît parfaitement : la bourgmestre qui était en fonction au moments des attentats. Françoise Schepmans est désormais première adjointe de Molenbeek-Saint Jean, également députée du Parlement de Bruxelles. « Quand certains en France ont dit qu’il fallait bombarder Molenbeek plutôt que Raqqa, c’était quand même assez particulier à entendre pour les Molenbeekois », lâche-t-elle. Qui a dit ça ? « Un certain Éric Zemmour. »

C’est donc le passé qui reste en travers de la gorge. Depuis, Françoise Schepmans explique que la sécurité a été largement renforcée avec davantage de policiers et de caméras, et une délinquance en baisse, ce que confirme le chef de corps de la police locale pour qui, depuis ces attentats, « il y a eu un avant et un après. » Les associations font par exemple l’objets d’un contrôle très strict et la formation a totalement changé. « Je pense qu’il y a une meilleure sensibilisation de la part du corps de police, des services de prévention par rapport au phénomène de la radicalisation, juge Françoise Schepmans. Moi, c’est le grand changement que j’ai vu : il y a plus de contrôles également, mais dans une commune aussi importante avec une densité de population aussi forte, ça reste compliqué. »

L’organe public qui recense les cas de radicalisation en Belgique estime qu’il y a toujours 70 profils inquiétants dans cette commune de 100 000 habitants. La preuve avec cet habitant du quartier qui, six ans après les attentats, prend fait et cause pour les terroristes. Cet homme, qui n’a pas souhaité dévoiler son identité, est venu, de lui-même, à notre rencontre, près de la place centrale. « Ces personnes que vous venez de nommer, je les connais personnellement, j’ai grandi avec eux, affirme-t-il. Ils n’ont pas sali le quartier, ils sont ni partis pour un salaire, ni pour quoi que ce soit, ils sont simplement partis pour la religion. Ils ont voulu plaire à Dieu en faisant ça. Concrètement, au plus profond de mon cœur, ils ont agi bien, et inch’Allah ils seront récompensés le jour du jugement. » 

Très clairement, cet homme défend les terroristes. Mais ce discours est largement condamné dans le quartier. « Ça n’existe pas chez nous, dans le Coran, dans l’islam, dans notre religion, ça n’existe pas de tuer les gens comme ça, s’insurge un habitant. Je ne sais pas quelle religion il a mais vraiment je suis désolé pour lui, c’est n’importe quoi. »

Alors, c’est important à préciser : ce débat qu’on entend là n’existe pas vraiment à Molenbeek. D’ailleurs, le procès des attentats n’est pas une préoccupation. C’est bien parce que j’ai posé des questions que les habitants ont évoqué ce sujet. À Molenbeek en ce moment, on parle plutôt du Covid-19 et de la situation économique. Dans ce quartier de Bruxelles, le taux de chômage est de 20%, contre 5% au niveau national.





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