au procès des attentats du 13-Novembre, la douleur de trois orphelins du Bataclan



Comment annoncer à son petit garçon de 6 ans que son père est mort dans un attentat terroriste ? Le 14 novembre 2015, vers 14 heures, Corinne reçoit le coup de téléphone qu’elle redoutait : son ex-compagnon, Nicolas Classeau, fait partie des victimes du Bataclan. « J’entends un message de sa mère sur le répondeur qui me dit que Nicolas est à l’ILM (l’Institut médico-légal). C’est fini », raconte cette journaliste de l’AFP, submergée par l’émotion, face à la cour d’assises spéciale de Paris, jeudi 14 octobre.

Lazare n’entend pas sa mère fondre en sanglots : il est assis à table, en train de manger ses pâtes, « heureux et insouciant ». Elle décide de lui accorder « quelques instants de répit » et l’emmène comme prévu à une fête d’anniversaire. A son retour, « je décide de tout lui annoncer, en employant des mots précis pour qu’il n’y ait pas de doute », se souvient Corinne. « Alors je ne verrai plus jamais mon papa ? » demande l’enfant. « Il fond en larmes et dit : ‘J’ai plus de papa’. En deux phrases il avait résumé la situation. »

A l’enterrement, Lazare glisse dans le cercueil de son père un portrait de lui, qu’il a dessiné. « Il reprend vite sa vie de petit garçon, poursuit sa mère. Mais pendant plusieurs mois, il ne dormira plus dans sa chambre, il s’accroche à moi comme une sangsue. Il parle de son papa au présent. Chaque fois, je reformule derrière lui. Au passé ».

Lazare partage sa peine avec ses deux demi-frères adorés : Marius, alors âgé de 11 ans et Nino, 15 ans à l’époque. Tous les trois sont devenus des pupilles de la nation, statut autrefois réservé aux orphelins de guerre et désormais étendu aux enfants et adolescents de moins de 21 ans dont un parent a été victime d’un acte terroriste.

Les deux aînés se sont avancés à la barre, entourés de leur mère, Delphine, première compagne de Nicolas Classeau. Ils affichent deux têtes de plus qu’elle, Marius est en sweat à capuche, Nino en tee-shirt blanc. Ils se souviennent parfaitement du moment où ils ont appris la mort de leur père. Nino raconte être sorti dans la rue. « Je hurle : ‘Ils l’ont tué !’. Je n’entends plus rien, je tombe, je m’écroule, je ne peux plus marcher. »

Il retourne au lycée, trois semaines après. « Je ne peux plus me concentrer, je ne suis plus un lycéen ordinaire. Je suis perdu dans mes pensées, dès que je ferme les yeux, je vois mon père se faire tuer, une bière à la main ». Le jeune homme, qui a aujourd’hui 21 ans, a ensuite intégré une prépa pour entrer à Sciences Po. Il a poursuivi ses études et tenu bon.

« Mais en janvier dernier, j’ai craqué. Après avoir tenu cinq ans, tout a lâché. Je ne pouvais plus rien faire, plus me lever le matin, a expliqué Nino, très ému. Je remercie ma mère, mon beau-père Karim, qui ne nous ont jamais lâchés. »

Marius lui succède à la barre. « J’aurais préféré travailler ma dissertation de philosophie le week-end dernier, mais il a fallu que j’écrive ce témoignage », confie l’adolescent de 17 ans. Il revient sur ses années collège qui « ont été très difficiles ». « J’aurais aimé avoir les mêmes problèmes que mes copains mais j’étais envahi par la violence de la mort de mon père. » Lui aussi a craqué, plus tôt que son frère : il a été hospitalisé en psychiatrie en 2018, parce qu’il voulait mourir.

« J’ai pensé à la mort comme solution pour rejoindre mon père, pour le revoir. »

Marius, 17 ans

au procès des attentats du 13-Novembre

Depuis, Marius prend des antidépresseurs. « J’accompagne mes fils dans un long et fragile parcours de reconstruction, a déclaré Delphine à la barre, juste avant ses fils. Il n’y a rien de pire pour une mère que de voir ses enfants ne plus avoir envie de se lever ». « Ils sont un peu décalés par rapport aux jeunes de leurs âges. Je les aime comme ils sont, et plus encore », a-t-elle ajouté.

Les trois garçons, soudés par le drame qu’ils ont vécu, se sont longtemps retrouvés tous les jours. Leur père avait créé une « bulle familiale » autour de sa « grande famille recomposée », a raconté Jocelyne, la mère de Nicolas Classeau, venue témoigner elle aussi. « Je continuerai à aller au spectacle, au concert, écouter de la musique. Tout ce que mon père aimait faire », a clamé Nino, en larmes.





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