que deviennent les patients des médecins non-vaccinés?



Les médecins qui ne sont pas vaccinés n’ont plus le droit d’exercer depuis la mi-septembre. Un mois plus tard, dans les zones déjà faiblement dotées en professionnels de santé, l’accès aux soins se complique.

Dans sa commune de Dompaire (Vosges), à une vingtaine de kilomètres d’Épinal, Stéphane Jacquel a remarqué un afflux de nouveaux patients depuis la mi-septembre, date du début de l’obligation vaccinale pour les soignants. Notamment ceux du médecin d’un village voisin qui a fermé son cabinet car il refusait de se faire vacciner contre le Covid-19.

« C’est quotidien, j’en ai plusieurs par semaine », explique le médecin généraliste à BFMTV.com. « Certains patients se retrouvent le bec dans l’eau mais je ne refuse personne. »

S’il assure que, pour l’instant, cet afflux de nouveaux patients a pu être pris en charge par les différents médecins des alentours – « on s’est aussi réparti ses gardes » de week-ends et de jours fériés – il se montre plus réservé pour les semaines à venir.

« On a pu absorber les demandes mais on n’est pas non plus en plein pic hivernal », met en garde Stephane Jacquel. « Et on n’a pas encore reçu les patients chroniques, ceux avec des renouvellements d’ordonnance, c’est encore trop tôt. Ça va se ressentir sur le long cours. »

Un frein pour l’accès aux soins?

Depuis le 15 septembre, les médecins qui n’ont pas reçu au moins une injection ne peuvent plus exercer. À partir de ce vendredi 15 octobre, il faudra justifier d’une vaccination complète pour continuer à recevoir des patients.

Les soignants réfractaires ne représentent qu’une minorité des quelque 214.224 médecins, dont 94.538 généralistes, qui exercent en France. Un peu plus de 6% de ceux travaillant en établissements de santé ne sont pas vaccinés, selon le dernier point épidémiologique de Santé publique France. Ils ne sont que 2,5% chez les médecins libéraux, indique à BFMTV.com l’Assurance maladie, soit 1645 généralistes et 1327 spécialistes.

À Dompaire ou ailleurs, ces fermetures de cabinets peuvent-elles représenter un frein pour l’accès aux soins? Si Stephane Jacquel reconnaît que sa région n’est pas sous-dotée en terme de professionnels de santé, il remarque néanmoins que l’équilibre demeure précaire.

« La zone est semi-rurale, ça reste tendu », commente-t-il. « Dès qu’un médecin part, c’est la galère. »

Des difficultés plus importantes sont à craindre dans les zones déjà en tension. Si la France en compte en moyenne 122 pour 100.000 habitants, ce chiffre cache d’importantes disparités, comme entre Mayotte (48) ou les Hautes-Alpes (221), rappelle l’Atlas de la démographie médicale de l’Ordre des médecins.

« C’est lamentable »

À Moret-Loing-et-Orvanne, une commune de Seine-et-Marne de 12.000 habitants qui compte une dizaine de généralistes, la fermeture d’un des cabinets a suscité la consternation de certains patients.

« Je voulais prendre rendez-vous avec mon médecin traitant », témoigne Dominique*, auprès de BFMTV.com. « La secrétaire m’a donné un numéro pour le contacter mais en fait c’était pour prendre rendez-vous dans une télécabine. J’ai rappelé, elle m’a annoncé que le cabinet était définitivement fermé parce qu’il n’était pas vacciné. »

Dominique se dit « outré » de ne pas avoir été averti de la fermeture du cabinet, ni orienté vers un autre professionnel de santé. « On nous laisse en carafe, on ne nous prévient pas, c’est ‘débrouillez-vous’. C’est lamentable. »

Si un autre généraliste a « exceptionnellement » accepté de le recevoir, ce ne sera pas le cas pour les prochaines consultations. Il faudra trouver quelqu’un d’autre. « Elle m’a dit qu’elle avait reçu 35 appels rien qu’en une journée, qu’elle ne pouvait pas les prendre, qu’elle avait déjà plus de 2000 patients, elle avait l’air débordé, elle en a même oublié de prendre ma carte vitale. Et elle était furieuse », poursuit Dominique. Il a contacté d’autres médecins, dans des communes voisines, mais ils ne prennent pas de nouveaux patients.

Des centaines de patients « sur le carreau »

Pour Pierre Levisse, médecin généraliste à Lederzeele – une commune de 680 habitants du Nord – également responsable de l’antenne Nord de l’Association de citoyens contre les déserts médicaux (ACCDM), ces fermetures de cabinets ne représentent que la partie émergée du problème.

« J’ai un confrère à Steene (à une vingtaine de kilomètres, NDLR) qui ne répondait pas à l’obligation vaccinale et qui a été suspendu, explique-t-il à BFMTV.com. Ce qui fait 1500 à 1800 patients sur le carreau. »

Des patients de son confrère, il en a déjà reçu. En plus des siens, déjà nombreux. Depuis trois ans, il est le seul médecin de sa commune. Au total, il assure recevoir entre 2000 et 3000 patients par an. Sa situation serait loin de relever de l’exception.

« Je vais avoir 68 ans, j’ai dépassé de deux ans l’âge de la retraite. On approche du point de rupture. C’est la chronique d’une mort annoncée. »

Pierre Levisse craint ne pas être remplacé le jour où il prendra sa retraite. « On est en train de s’apercevoir qu’on n’a plus de médecins. Il n’y a pas de relève. C’est ça le vrai problème. »

« Les médecins sont déjà surchargés »

En dix ans, la France a effectivement perdu près d’un généraliste sur dix, recense l’Ordre des médecins. Ceux qui restent « sont déjà surchargés », « ils me disent qu’ils ne peuvent plus prendre de nouveaux patients au risque d’être dangereux dans leur exercice », note Jean-François Gérard-Varet, généraliste à Semur-en-Auxois (Côte-d’Or). « Certains travaillent dix, douze à quatorze heures par jour. »

Président du conseil national de l’Ordre des médecins de Bourgogne-Franche-Comté, il compte ainsi plusieurs courriers de patients, envoyés à l’Ordre, dont les médecins traitants non vaccinés ont fermé les portes de leur cabinet.

« Ils se sentent délaissés et menacent de déposer plainte auprès de l’Ordre des médecins pour abandon de patients. »

Dans sa région, cela concerne précisément trois généralistes. Un comportement qu’il juge sévèrement: « C’est anti-déontologique, ils n’ont pas le droit. » Mais il garde l’espoir que certains médecins se raisonnent et « qu’une petite pointe de morale » les poussent à se faire vacciner d’ici ce vendredi 15 octobre, date d’entrée en vigueur de l’obligation vaccinale complète. Ce qui leur permettrait de recevoir à nouveau leurs patients.

* Le prénom a été modifié, à la demande de l’intéressé



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