le gouvernement grec sur la sellette


La tentative de surveillance du chef du parti socialiste grec par le logiciel espion Predator envenime le débat politique en Grèce, l’opposition de gauche accusant le gouvernement conservateur de vouloir «minimiser» ce «scandale immense».

Nikos Androulakis, dirigeant du Kinal-Pasok (socialiste), le troisième parti au parlement grec, a porté plainte devant la cour suprême la semaine dernière pour «tentative» d’espionnage sur son téléphone portable. «Découvrir celui qui est caché derrière ces pratiques nocives n’est pas une question personnelle mais un devoir démocratique», a estimé l’eurodéputé socialiste. Le gouvernement de droite affirme pour sa part que l’État n’a pas acheté ce genre de logiciels et estime que c’est à la justice d’enquêter. Il s’agit du troisième cas de surveillance présumée en Grèce en moins d’un an: en avril Thanassis Koukakis, journaliste grec spécialisé en affaires financières avait saisi la justice, dénonçant l’attaque de son téléphone par Predator. Et en février, l’écoute présumée par les services secrets d’un autre journaliste grec d’investigation sur les questions migratoires a été portée devant la cour suprême.

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Dans les trois cas, le gouvernement a exclu «toute implication de l’État». Mais des syndicats de journalistes grecs et étrangers ont dit leur «inquiétude» sur la situation de la liberté de presse, qui s’est dégradée en Grèce ces dernières années. Sous la pression de journalistes, le porte-parole du gouvernement Yannis Economou a estimé, lors d’un point presse, que «vraisemblablement des particuliers» auraient utilisé Predator, excluant à nouveau la responsabilité des autorités. Nikos Androulakis a riposté en exhortant le gouvernement à s’abstenir de «toute tentative (…) de minimiser cette affaire». «Rien n’arrive par hasard», a renchéri le député du Kinal-Pasok Haris Kastanidis, appelant le gouvernement à identifier ces particuliers.

«Réalité orwellienne»

«Outre l’enquête judiciaire, les institutions étatiques, les services nationaux de renseignement (EYP) et l’Autorité de protection de la vie privée doivent se prononcer sur ces affaires», a-t-il fustigé. «Si l’État n’a aucun rapport» avec ces surveillances présumées, «comment une société peut commercialiser un logiciel si puissant et si cher?», s’est demandé le site d’investigation Inside story, qui, avec ses confrères de Reporters United et Solomon, a révélé les détails de ces affaires. Développé initialement en Macédoine du Nord, pays frontalier de la Grèce, par la société Cytrox, puis en Israël, le spyware Predator pirate le téléphone ciblé, et peut accéder aux messages et aux conversations de son utilisateur, selon des experts.

«Predator figure parmi les logiciels espion les plus chers inaccessibles aux particuliers», a indiqué à l’AFP Anastasios Arampatzis, spécialiste de cybersécurité. Il comprend «de nombreux niveaux de sécurité dont seulement un État pourrait avoir besoin», a estimé ce membre de l’association grecque Homo Digitalis de protection des internautes. Qualifiée de «scandale immense» par le principal parti d’opposition Syriza, l’affaire a été abordée vendredi à huis clos par la commission parlementaire des Institutions et de la Transparence. Le chef de l’EYP, Panagiotis Kontoleon, a laissé entendre que les deux journalistes auraient été surveillés sur ordre de services étrangers, provoquant un tollé. «Le gouvernement tente à nouveau de couvrir les multiples surveillances», a alors tweeté George Katrougalos, député de Syriza et ancien ministre des Affaires étrangères. Il a imputé «la responsabilité politique» de cette affaire au Premier ministre Kyriakos Mitsotakis, avertissant que Syriza ne «laisserait pas passer cette affaire».

Le gouvernement grecque appelle à la vigilance

De son côté, le gouvernement a rappelé que «toute l’Europe fait face à des menaces de surveillance». Kostas Karagounis, député du Nouvelle-Démocratie, le parti de droite au pouvoir, a indiqué que des hommes politiques en Europe avaient été également victimes de surveillances. «Est-ce que cela signifie que leurs gouvernements respectifs se trouvent derrière ces surveillances?», a-t-il demandé. «La sécurité et la protection de la vie privée doivent être assurées par tout régime démocratique», assure le cyberexpert Anastasios Arampatzis. «Si un État surveille ses citoyens, nous nous dirigeons vers une réalité dystopique, orwellienne», prévient-il.



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