il faut « réexaminer » les dates de péremption pour lutter contre le gaspillage, estime l’ancien PDG de Système U



Dans le monde, 1,3 milliard de tonnes d’aliments finissent à la poubelle, selon l’Organisation des Nations unies. Pour lutter contre ce gaspillage, les supermarchés britanniques Waitrose ont annoncé début août retirer les dates de consommation recommandée sur près de 500 produits. « Il faut sans doute, comme les Anglais le font, revisiter » les notions de date de consommation en France, a appelé vendredi 5 août sur franceinfo Serge Papin, l’ancien PDG de Système U.

franceinfo : Cette date limite d’utilisation optimale sert-elle à quelque chose ?

Serge Papin : Ces supermarchés anglais qui ont pris cette initiative, essentiellement pour les fruits et légumes, vendent beaucoup de produits préemballés. Il y a donc nécessairement une date limite d’utilisation optimale, ce qui n’est pas le cas en France. Si l’on tire sur le fil de cette initiative et qu’on essaie d’en profiter, je pense qu’il y a quelque chose à faire.

« Il y a d’abord un enjeu de pouvoir d’achat car l’Ademe [l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie] estime qu’en France, la valeur marchande de ce qui est gaspillé est de 16 milliards d’euros par an. Si l’on va chercher ce qui est jeté directement dans la poubelle car la date est passée, c’est environ 1,6 milliard d’euros. »

Serge Papin, l’ancien PDG de Système U

à franceinfo

 En France, il y a une complexité des injonctions puisque vous avez la date limite de consommation (DLC) qui, théoriquement, est une injonction impérative, mais qui a besoin d’être réexaminée. Par exemple, il est possible de consommer des yaourts largement après cette date. Après, vous avez la date de consommation recommandée (DCR), par exemple pour les œufs, qui peuvent aussi être consommés bien après l’expiration de cette date. Enfin, vous avez cette fameuse date limite d’utilisation optimale (DLUO). Et là aussi, par exemple pour les pâtes, on sait que l’on peut les consommer sans problème deux années après si elles sont dans un endroit approprié. Il faut sans doute, comme les Anglais le font, revisiter ça.

Ne faudrait-il pas tout simplement revoir la législation sur ces dates pour éviter le gaspillage ?

Pour certains produits, je pense qu’il faut conserver une date impérative, comme par exemple pour les steaks hachés qui peuvent devenir toxiques à partir d’une certaine date. Pour le reste, il faudrait mieux mettre la date de production en gros. On laisse la responsabilité aux gens comme on leur laisse quand ils achètent des fruits et légumes. Cela éviterait un peu ce gaspillage. Avec la DLUO, les gens jettent car ils pensent qu’ils ne peuvent plus consommer.

Qui faut-il convaincre ? Est-ce la filière agroalimentaire ou est-ce le consommateur qui est rassuré d’avoir une date sur son produit ?

Il faut mettre tout le monde autour de la table. Il faut mettre l’industrie agroalimentaire, la distribution, les consommateurs et puis les services de l’État. Au fond, tout ça date des années 1980. C’est vrai qu’on a voulu lutter contre les intoxications alimentaires. Nous avons donc pris des mesures drastiques et ça a porté ses fruits. Cependant, nous sommes sans doute allés dans des positions extrêmes et on peut les revisiter. D’ailleurs, quand on prend l’exemple du yaourt, il faut savoir que lorsqu’ils sont envoyés dans les territoires ultramarins, ils bénéficient de dates différentes pour corriger le problème de transport. Cela prouve donc qu’il y a des solutions pour ces territoires qui pourraient marcher aussi en métropole.





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