qu’est-ce que le « syndrome du bébé oublié »?


Ce n’est pas la première fois que ce type de drame survient en France, mais aussi ailleurs dans le monde. Lorsqu’il s’agit d’un oubli involontaire de l’enfant dans le véhicule, les scientifiques parlent du « syndrome du bébé oublié ».

Un bébé de 14 mois a été retrouvé mort lundi dans une voiture à Saint-Nazaire. Son père, oubliant la présence de l’enfant dans la voiture, s’est directement rendu à son travail et a laissé le bébé dans le véhicule. C’est la mère qui a alerté en fin de journée, alors qu’elle était allée récupérer le petit à la garderie. Les secours ont été appelés, mais il était malheureusement trop tard pour l’enfant.

Ce n’est pas la première fois que ce type de drame survient en France. En octobre dernier, une histoire similaire était arrivée à des parents à la Martinique. Et à chaque fois, la même question se pose: comment est-il possible pour un parent d’oublier son bébé dans une voiture?

Un scénario quasiment toujours identique

Des neurologues et psychologues travaillent depuis plusieurs années sur cette question, et parlent du « syndrome du bébé oublié ».

« Le syndrome du bébé oublié définit le phénomène d’oubli d’un enfant dans un véhicule en stationnement », expliquent des chercheurs dans une étude italienne sur le sujet publiée en 2020, qui note « des répercussions importantes pour le parent, la famille et la société. »

En France, la Commission de la Sécurité des Consommateurs avait publié un avis en 2009 sur le sujet, écrivant que ce syndrome associé à « l’oubli d’un enfant dans un véhicule automobile » est « caractérisé par le scénario quasiment toujours identique du parent qui, en se rendant à son travail, oublie de déposer son enfant chez sa nourrice ou à la crèche ».

L’enfant – la grande majorité du temps un bébé de moins de trois ans – est découvert plusieurs heures après, souffrant gravement de déshydratation, d’hyperthermie ou d’hypothermie, selon la météo, ce qui peut entrainer des dommages psychologiques, mais aussi des dégâts cérébraux importants. Dans certains cas, cela conduit à la mort de l’enfant.

« La régulation thermique des jeunes enfants n’est pas adaptée à des températures extrêmes », est-il expliqué dans l’avis de 2009. En cas de grandes chaleurs, « les réserves en eau de leur organisme sont faibles et leur capacité de sudation est réduite. Laissés dans un véhicule, leur température corporelle peut augmenter trois à cinq fois plus vite que celle d’un adulte. »

« Pas l’acte de parents indifférents ou négligents »

Avec ce syndrome, on parle d’un oubli involontaire de la personne en charge de l’enfant, non pas d’un bébé laissé volontairement dans une voiture le temps de faire des courses ou certaines démarches.

Peu de chiffres existent sur ce sujet actuellement. La Commission de la Sécurité des Consommateurs avait recensé qu’entre juin 2007 et août 2009 en France, 26 accidents liés à des enfants laissés dans des voitures avaient eu lieu, qui avaient entrainé 7 décès. Il s’agissait en majorité d’enfants de moins de 3 ans. Sur ces 26 cas, 11 relevaient d’un oubli total des responsables du bébé (soit a priori un syndrome du bébé oublié) et 14 d’une situation dite « volontaire ».

« En moyenne, 37 enfants meurent d’hyperthermie à l’intérieur de véhicules en stationnement chaque année aux États-Unis », explique une étude d’avril 2020 publiée dans Paediatrics & Child Health.

« La majorité des cas sont dus à l’oubli de la personne en charge (environ 55%), tandis qu’environ 13% sont dus au fait de laisser intentionnellement des enfants sans surveillance et environ 28% se produisent lorsque des enfants montent dans des véhicules non verrouillés ».

Concernant les oublis involontaires, « dans la plupart des cas, ces épisodes concernent des adultes dont les fonctions psychiques et cognitives sont parfaitement intactes », note l’étude italienne. « Dans la grande majorité des cas, ce n’était pas l’acte de parents indifférents ou négligents », écrivait également en 2016 dans The Conversation David Diamond, professeur de psychologie et expert en neurosciences, spécialiste de ce sujet.

« Mémoire des habitudes » et « mémoire prospective »

Lui a développé l’hypothèse que ce type de défaillance est « le résultat d’une compétition entre le système de ‘mémoire des habitudes’ du cerveau » – soit les routines enregistrées, comme aller au travail – « et son système de ‘mémoire prospective' », soit une mémoire de ce que l’on doit faire dans le futur, des tâches à effectuer plus tard. Et dans certains cas, selon ses observations, « le système de mémoire des habitudes prévaut. »

« Dans le cas d’un enfant que l’on doit déposer chez sa nourrice où à la crèche, l’oubli touche la mémoire ‘prospective' », précise la Commission de la Sécurité des Consommateurs.

Il s’agit d’une mémoire « particulièrement fragile, son contenu informatif est faible, mais sa mise en œuvre est complexe. Elle suppose d’une part, de se souvenir d’une action conceptualisée et non vécue, même si elle est par ailleurs routinière, et, d’autre part que l’émergence de cette mémorisation dans la conscience de l’adulte coïncide avec le moment où cette opération doit être exécutée. »

« On a tendance à dire ‘moi ça ne m’arriverait pas ce genre de choses’, or cela peut arriver à tout le monde parce qu’à ce moment-là, le père est dans un état d’hypnose, un état de pilotage automatique où c’est l’inconscient qui prend les commandes, et c’est pour cela qu’en effet il ne se rend pas compte », expliquait jeudi sur BFMTV Ilana Waserscztajn, psychologue clinicienne.

« Ce papa, il a oublié son enfant comme il s’est oublié lui-même », poursuit-elle.

Cette mémoire du futur peut être altérée par plusieurs causes selon David Diamond: un changement dans la routine du parent, par exemple dans le trajet habituel, ou bien un changement dans le comportement de l’enfant ce jour-là, qui est par exemple plus silencieux que d’habitude ou qui s’endort.

Chez les adultes responsables, « les facteurs de stress et de privation de sommeil sont importants », souligne-t-il également, « car ils sont connus pour biaiser les systèmes de mémoire cérébrale vers une activité basée sur les habitudes et pour altérer le traitement de la mémoire prospective ».

Quels gestes adopter?

Dès 2009, la Commission de la Sécurité des Consommateurs appelait les pouvoirs publics à améliorer l’information concernant les risques d’oublier son enfant dans la voiture, et les dangers pour l’enfant.

Des campagnes de communication pour éviter d’autres drames ont été lancées dans certains pays. En 2019, une loi a été votée en Italie – après plusieurs morts de bébés dans les voitures – rendant obligatoire pour les parents de se munir de sièges-auto sonnant quand le conducteur quitte le véhicule, pour rappeler que l’enfant est toujours à bord. Il existe aujourd’hui de nombreux systèmes de ce type.

Le ministère de la Santé israélien évoque ainsi sur son site une application qui reconnait quand le conducteur sort du véhicule, ou toute une batterie de systèmes de capteurs alertant la personne qui sort d’une voiture que le bébé est toujours à bord.

Sur son site, les services à la famille et à l’enfance du Comté de Renfrew (Ontario, Canada), conseillent de leur côté de placer son sac ou son portable à l’arrière du véhicule, à côté du bébé, pour ouvrir obligatoirement les portes arrières de la voiture avant de la quitter. D’autre part, si jamais vous voyez un enfant qui semble en difficulté seul dans une voiture garée, il ne faut pas hésiter à contacter les secours.

Salomé Vincendon

Salomé Vincendon Journaliste BFMTV



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