L’Iran interdit la sortie du drame primé à Cannes Leila et ses frères


Le film de Saeed Roustaee dresse le portrait d’une famille pauvre au bord de l’implosion, dans une république des Mollahs plongée dans une profonde crise économique.

Incarnant la nouvelle vague du cinéma iranien, le cinéaste Saeed Roustaee se heurte, comme ses illustres aînés Jafar Panahi et Asghar Farhadi, à la censure iranienne. Le gouvernement a interdit mercredi la projection de son long-métrage Leila et ses frères. En lice pour la palme d’or, le drame avait été très remarqué sur la Croisette en mai. Et était reparti du festival de Cannes 2022 avec le prix FIPRESCI (jury de la Fédération internationale de la presse cinématographique).

Les autorités cinématographiques iraniennes ont indiqué avoir interdit le film «jusqu’à nouvel ordre» pour avoir «enfreint les règles en participant sans autorisation à des festivals étrangers (…) à Cannes et ensuite à Munich», a précisé le ministre iranien de la Culture, Mohammad-Mehdi Esmaïli, cité par l’agence officielle Irna. Selon l’Organisation cinématographique iranienne, le film ne peut obtenir un permis de diffusion, compte tenu du «refus» du réalisateur de «corriger» son ouvrage, comme le ministère lui avait demandé.

Durant près de trois heures, Leila et ses frères dresse le portrait d’une famille pauvre au bord de l’implosion, dans un Iran plongé dans une profonde crise économique. Tourné dans les quartiers populaires de Téhéran, le film raconte l’histoire d’un père qui a caché quelques pièces d’or. Seule Leila, sa fille, connaît la cachette. Mais ses frères recherchent désespérément ces pièces pour résoudre leurs problèmes économiques. Ici, l’Iran n’est que le décor d’une histoire de famille aux accents siciliens. Leila en est le pivot. Face à un père dépensier et ses quatre frères au chômage, elle compte sur le plus fin d’entre eux pour les tirer de là.

«Dans mes films, rien n’est symbolique»

Révélé au grand public avec La loi de Téhéran , un polar haletant sur fond d’une société iranienne ravagée par la consommation de crack, Saeed Roustaee a tout juste 32 ans. Sur son style, il revendique un «engagement social envers la classe populaire dans laquelle» il vit, avait-il déclaré au quotidien Shargh, ajoutant que dans ses films, «rien n’est symbolique».

Saeed Roustaee à Cannes, en mai dernier LOIC VENANCE / AFP

Outre Leila et ses frères, un autre film iranien projeté à Cannes a suscité l’ire des autorités iraniennes. Début juin, l’Iran a protesté auprès de la France contre la sélection en compétition du film Les nuits de Mashhad d’Ali Abbasi. Le réalisateur d’origine iranienne, qui vit depuis presque deux décennies au Danemark, raconte l’histoire d’un tueur en série de prostitués dans la principale ville sainte du pays. L’actrice iranienne Zar Amir Ebrahimi, contrainte de s’exiler en Europe suite à une affaire de sextape, avait d’ailleurs remporté le prix d’interprétation féminine à Cannes en 2022 pour son rôle de journaliste pugnace dans ce thriller.



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