leur empreinte dans le cerveau


Le premier souvenir d’enfance est souvent bref et confus. Et il est compliqué de faire la part des choses entre la réalité et l’imaginaire.

Comment expliquer que l’on se souvienne à peine du nom de ses institutrices d’école maternelle ? Pourquoi ne peut-on plus se remémorer sa très petite enfance ? Où vont nos souvenirs les plus anciens ? Avant 3 ans, il y a « amnésie ­infantile », un phénomène lié à la maturité cérébrale, aujourd’hui de mieux en mieux compris. Puis le cerveau évolue, grâce à la neurogenèse. Et là encore, ce n’est pas favorable à la remémoration.

Dès la naissance, en effet, se créent une multitude de nouveaux neurones et connexions ­cérébrales, un processus bouillonnant peu propice au maintien des souvenirs. « Il se produit une transformation cérébrale majeure vers l’âge de 2-3 ans », précise le Pr Raphaël Gaillard, professeur de psychiatrie à ­l’université de Paris et au centre hospi­talier Sainte-Anne. « Pour apprendre, l’enfant ­efface les précédents souvenirs en fabriquant de nouveaux ­neurones. Même certaines espèces animales ­oublient ce qu’elles ont appris du fait de ce mécanisme de neurogenèse. »

» LIRE AUSSI – Mémoire: comment le cerveau s’organise pour garder tous nos souvenirs

Une fois le cerveau capable d’encoder les souvenirs, après 3 ans, donc, c’est le temps des souvenirs ­d’enfance, plus ou moins précis… Et peut-être plus ou moins refoulés, diront les psychanalystes. Ils proposent à leurs patients de parvenir, parfois par associations d’idées, à retrouver des briques ou traces de souvenirs. Que ce soit chez des adultes pour comprendre des traumatismes de l’enfance ou chez les plus jeunes, dans le cadre de violences sexuelles. Certains souvenirs, les plus émotionnels, voire les plus traumatiques, restent gravés dans notre mémoire. Le réseau cérébral correspondant à ce souvenir a dû être fortement activé par l’émotion pour rester stocké, ce qui évoque une sorte de mémoire émotionnelle.

Les faux souvenirs sont la réinterprétation d’un vécu émotionnel sans que les détails aient été précisément mémorisés

Pr Raphaël Gaillard, professeur de psychiatrie à ­l’université de Paris et au centre hospi­talier Sainte-Anne

Mais quelle est la part de réalité et celle d’imaginaire dans nos souvenirs d’enfance ? C’est l’un des points clés de la mémoire inconsciente. Il est toujours difficile, voire impossible, de savoir et de vérifier si ce qui est ­évoqué est une situation réellement vécue ou en partie ­reconstruite et fantasmée. « Les faux souvenirs sont la réinterprétation d’un vécu émotionnel sans que les détails aient été précisément mémorisés, rappelle Raphaël Gaillard. Chaque fois que nous accédons à un souvenir, nous le modifions, le reconsolidons et, éventuellement, l’enrichissons. » Les connaissances et sensations du ­présent influent sur la perception du passé et lors de chaque reviviscence du passé, les traces existantes sont ­réactualisées.

» LIRE AUSSI – Comment les souvenirs se fixent en dormant

Les souvenirs d’enfance nous suivent tout au long de notre existence. Les plus précoces sont aussi les plus ­solides. Ils peuvent resurgir presque involontairement chez les personnes âgées, en bonne santé ou atteintes de troubles de la mémoire. Un patient touché par la maladie d’Alzheimer oubliera ce qu’il a fait la veille, mais peut se remémorer avec une grande facilité le jour de son mariage, voire, un fait de sa petite enfance.



Notre partenaire : 24h Actu

Source

Soyez le premier à commenter

Poster un Commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*