À Madagascar, des femmes victimes de fistule obstétricale opérées par des chirurgiens français gratuitement


C’est le reflet du niveau social et économique du pays. Depuis cinq ans, des chirurgiens français opèrent gratuitement des femmes victimes de fistule obstétricale à Madagascar. Cette pathologie, causée par un accouchement qui a viré à la catastrophe, et qui provoque une incontinence permanente et à vie, a disparu depuis un siècle en Europe. Mais pas sur l’île, où le système de santé est à l’image du délabrement du pays. Les Nations Unies ont d’ailleurs fait du 23 mai la Journée internationale pour l’élimination de la fistule obstétricale.

Ces chirurgiens urologues à la retraite ont réalisé une grande partie de leur carrière en Afrique, où ils ont été bouleversés par ces femmes laissées à l’abandon : c’est pour cela qu’ils ont décidé de se spécialiser dans cette chirurgie très spécifique. Cette affection, conséquence d’un défaut de soins obstétricaux, s’opère, mais cela coûte très cher : environ 700 euros. Plus d’un an et demi de salaire ici, donc inaccessible, peu rentable pour les praticiens malgaches, peu enseignée à la fac, et très peu pratiquée.

« Cette opération-là, c’est une résurrection parce que ça change complètement la vie, assure le docteur Ludovic Falandry, qui participe régulièrement à ces missions de reconstruction.Il y a deux guérisons : celle du chirurgien, et la guérison sociale La femme se réinsère dans le village, peut retrouver un mari et refaire des enfants. Ça, c’est la vraie guérison. La fistule obstétricale est une urgence sociale. Si on opère trop tard, quand le village sait, et bien, on vous rejette.« 

Suzanne, une de ces patientes, était jusqu’alors complètement stigmatisée. Comme toutes ces femmes, elle a vécu un traumatisme psychologique en perdant son bébé à l’accouchement, avant d’être victime d’une seconde peine : celle d’être bannie de sa communauté, parfois même de sa famille.

À 42 ans,cela fait donc vingt ans qu’elle ne sort plus de chez elle. Son drame : ne pas avoir eu les moyens de payer la césarienne proposée par l’hôpital public. « Avec mon mari, on n’avait pas l’argent demandé. Alors, on est rentrés chez nous. Mais après trois jours de contractions, je ne pouvais plus bouger. On est retournés à l’hôpital, mais c’était trop tard. Ça a détraqué tout mon corps. Au village, on me surnomme ‘la dame qui fait toujours pipi’. Personne ne veut me donner de travail à cause de mon handicap, de mon odeur. Ma famille m’a maudite et m’a souhaité de mourir« , raconte-t-elle.

Aujourd’hui, Suzanne et les 27 autres femmes qui ont bénéficié de ces opérations gratuites le mois dernier sont considérées comme guéries. Mais le besoin reste immense : on parle de 5000 nouvelles victimes de fistules obstétricales par an. L’autre but de ces campagnes réparatrices est de former les médecins malgaches à cette chirurgie, pour la démocratiser. C’est pourquoi au bloc, l’équipe médicale est toujours mixte.





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