«Pas de chèque en blanc», «l’arrogance marque le pas»… L’allocution d’Emmanuel Macron ne convainc pas les oppositions


Dans l’optique d’obtenir une majorité, le président de la République a exhorté mercredi soir les autres formations politiques à «bâtir des compromis, des enrichissements, des amendements (…). dans une volonté d’union et d’action pour la nation».

C’est ce qui s’appelle être attendu au tournant. Trois jours après le second tour des élections législatives qui n’ont pas donné à Emmanuel Macron de majorité absolue à l’Assemblée nationale, le président de la République a repris la parole de façon solennelle mercredi à 20h. Après une série de consultations des chefs des formations politiques qui pourront constituer un groupe au Palais Bourbon, le chef de l’État est «décidé à prendre en compte la volonté de changement que le pays a clairement demandée». Et ce, du fait qu’«aucune force politique ne peut aujourd’hui faire les lois seule».

Appelant les oppositions à «des compromis, des enrichissements, des amendements (…)., dans une volonté d’union et d’action pour la nation», Emmanuel Macron a lancé un ultimatum d’ici son retour du Conseil européen, qui se tiendra à Bruxelles jusqu’à vendredi soir. Il demande donc aux responsables politiques et parlementaires «de dire en toute transparence jusqu’où ils sont prêts à aller» afin de «bâtir cette méthode et cette configuration nouvelle». Mais l’initiative n’a pas pour l’instant rencontré beaucoup d’enthousiasme.

À commencer par le leader de la Nupes Jean-Luc Mélenchon, qui a pris la parole quelques minutes après la fin de l’adresse du président de la République. Le chef de file des Insoumis a fustigé un «exécutif faible» pour mieux promouvoir une «Assemblée nationale forte de toute la légitimité de son élection récente». Façon aussi d’amener Élisabeth Borne à se plier à un vote de confiance des députés. Et de refuser la main tendue du locataire de l’Élysée : «Il est vain de dissoudre la réalité du vote en l’enfumant de considérations et d’appels de toutes sortes».

Forts de leurs 131 élus, les différents représentants de la coalition de gauche y sont allés de leurs railleries. Pour le patron du PS, Olivier Faure, «les formations politiques n’ont pas à lui (Emmanuel Macron, NDLR) répondre jusqu’où elles sont prêtes à aller pour lui donner un chèque en blanc.» Quant à l’ancien candidat PCF à la présidentielle Fabien Roussel, il se montre un peu plus mesuré que son partenaire socialiste. «Après la découverte des services publics en 2020, Macron découvre les vertus du débat parlementaire et le vrai rôle de l’Assemblée nationale en 2022», tance le député du Nord, qui «jugera aux actes».

«Pas d’alternative au dialogue et respect»

Mais le message d’Emmanuel Macron était notamment tourné vers les 61 députés LR, qui peuvent lui apporter de quoi constituer une majorité. Si la droite a martelé ces derniers jours qu’elle resterait une force d’opposition et qu’elle ne rentrerait pas dans une logique de coalition avec le président, le nouveau chef de file des députés LR Olivier Marleix indique sur Twitter qu’«il n’y a pas d’alternative au dialogue et respect évoqués par le président». Bien qu’il «ne peut y avoir de chèque en blanc de surcroît sur un projet peu clair». Concernant la droite nationaliste, chez qui certains macronistes voulaient ces derniers jours aller chercher les voix, c’est une fin de non-recevoir. «C’est la première fois que l’arrogance d’Emmanuel Macron marque un peu le pas : ce changement vient du peuple, qui en a fait un président minoritaire. Notre groupe puissant à l’Assemblée sera ferme mais constructif, avec pour seule boussole l’intérêt de la France et des Français», nargue le patron du RN Jordan Bardella.

Dans les rangs de la macronie enfin, on temporise. Invité de LCI mercredi soir, le président du MoDem François Bayrou est même pessimiste : «L’idée qu’il suffit de recréer une majorité qui n’a pas été donnée par les électeurs est une idée que je ne crois pas possible». Pour sa part, la porte-parole du gouvernement Olivia Grégoire applaudit sur Twitter un chef de l’État qui a «montré clairement aux Français qu’il prenait acte de la forte abstention et des résultats des élections législatives.»



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