Face à la guerre, les tourments d’un groupe viennois de folklore russe


Peut-on continuer à surfer sur la nostalgie soviétique depuis l’invasion russe de l’Ukraine et s’appeler Russkaja, s’interroge le groupe populaire créé à Vienne il y a 17 ans.

Peut-on continuer à surfer sur la nostalgie soviétique depuis l’invasion russe de l’Ukraine et s’appeler Russkaja? C’est l’épineuse question que se pose un populaire groupe créé à Vienne il y a 17 ans et rattrapé par la guerre.

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Dans la petite ville de Kapfenberg, à 150 km au sud-ouest de Vienne, où la bande d’amis, six gars et une fille, donnait un concert fin avril, l’atmosphère était festive. Ska punk, turbo folk balkanique, textes en russe ou en anglais et logo en forme d’étoile rouge gris: le groupe, composé de plusieurs nationalités, est à l’image du cosmopolitisme viennois, un joyeux mélange des cultures. Russkaja, habitué de la télévision publique ORF, affiche un style de musique prisée depuis les années 1990, de Vienne à Belgrade en passant par Prague et Bucarest. Mais Gueorgui Makazaria, chanteur originaire de Moscou et venu en Autriche à l’adolescence juste après la chute du mur, confie les doutes qui ont saisi sa formation depuis le début de l’offensive.

«On s’est inquiétés de savoir dans quelle mesure on pouvait représenter quelque chose de russe» dans le contexte actuel, explique à l’AFP l’artiste de 48 ans, derrière sa grosse barbe grisonnante, avant de monter sur scène. «Il est évident que certaines paroles de chansons qui sonnaient comme festives ont soudainement changé de sens», dit-il. «Cela me reste en travers de la gorge de chanter “les Russes sont là”», cite-t-il en exemple.

Exit donc certaines expressions remplacées par une ferme condamnation d’un conflit «insensé» pour ce groupe qui a toujours célébré «la paix et l’amour», titre d’un de ses six albums. «Hello, Moskva, stoppons cette “ putain” de guerre», entonne désormais Gueorgui Makazaria, également connu pour avoir participé à la version autrichienne de «Danse avec les stars».

«Très dur»

«Ce qui se passe actuellement est une catastrophe», lance l’interprète au public, devant un grand drapeau ukrainien. À ses côtés, le bassiste ukrainien Dimitrij Miller, qui l’accompagne depuis le début de l’aventure, raconte avoir du mal à trouver l’énergie pour «divertir le public» alors que «son cousin vient de rejoindre la ligne de front». «Pour moi, c’est très dur d’assurer l’ambiance sur scène alors que mes proches sont au combat», avoue-t-il. D’autant que les signes d’hostilités se sont multipliés. Russkaya, qui se trouvait en tournée américaine en mars, peu de temps après le lancement de l’assaut par Vladimir Poutine, se souvient du doigt d’honneur et du dos tourné d’un spectateur un soir, dans l’Oklahoma.

Sur les réseaux sociaux, certains internautes s’indignent qu’on laisse encore jouer un groupe glorifiant la culture russe, alors que le conflit a provoqué des déprogrammations massives de personnalités et d’événements culturels russes dans les pays occidentaux.

Désarçonnés, les membres, dont l’amitié n’a pas explosé en vol, ont pensé un temps trouver un nom moins franchement identifiable, avant de se dire qu’il fallait assumer. Dans la foule en blousons de cuir, bière à la main, Markus Heil «ne voit pas où est le problème». «Cela serait complètement à côté de la plaque de boycotter» des artistes exportant la culture russe, dit à l’AFP ce fan enthousiaste.

L’immense majorité des mélomanes abonde. «Que vous soyez d’Ukraine ou de Russie, la musique vous rassemble», estime Daniel Mayerhofer, un tatoueur de 38 ans qui a exigé une dédicace sur sa fesse droite. «A-t-on encore le droit d’être heureux? Y a-t-il encore de la place pour la joie? Je pense que oui», conclut Gueorgui Makazaria. «On doit trouver une manière d’exprimer ça même si c’est difficile pour nous, je le dis franchement».



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