une mobilisation inédite depuis 2019, mais loin du record de 2003



Une mobilisation notable mais pas inédite. La grève des enseignants pour dénoncer notamment le protocole sanitaire, jeudi 13 janvier, a été suivie par 38,5% des professeurs des écoles et près de 24% des enseignants des collèges et lycées, selon les chiffres communiqués par le ministère de l’Education nationale à la mi-journée. Il s’agit du deuxième plus important mouvement social du monde de l’éducation depuis le début du mandat d’Emmanuel Macron, comme le montre notre infographie (ci-dessous), qui compile de manière aussi exhaustive que possible les chiffres publiés à chaque grève par les services de Jean-Michel Blanquer.

>> Journée de grève dans les écoles : suivez la mobilisation des enseignants dans notre direct

Le record de mobilisation, depuis mai 2017, reste celui atteint le 5 décembre 2019, à l’occasion d’une journée de lutte interprofessionnelle contre le projet de réforme des retraites. Le taux de grévistes avait alors été de 51% dans le primaire et de 42% dans le secondaire, du jamais-vu depuis 2003, de l’aveu même de l’exécutif.

En début de semaine, le Snuipp-FSU, principal syndicat du primaire, avait annoncé une « mobilisation historique par son ampleur sur ces vingt dernières années ». Dans les faits, la grève de ce jeudi, soutenue par l’ensemble des syndicats du secteur, s’inscrit dans le top 10 des plus suivies depuis 2002, peut-être aux alentours de la cinquième place. Difficile d’être plus précis : contacté par franceinfo, le ministère a affirmé ne pas pouvoir transmettre de document global recensant les principales actions des dernières décennies. 

La palme revient toujours au mouvement du 13 mai 2003 dans la fonction publique et les transports contre une réforme des retraites portée par le gouvernement de Jean-Pierre Raffarin. A l’époque, les enseignants avaient été 74% à cesser le travail dans les écoles, 71% dans les collèges, 65% dans les lycées généraux et 64% dans les lycées professionnels, selon les chiffres du ministère.

Quelques mois plus tôt, le 17 octobre 2002, un précédent mouvement avait été suivi par 49% des professeurs des écoles, 44% dans les collèges, 36% dans les lycées généraux et 37% dans les lycées professionnels, selon une archive du ministère. Il s’agissait alors de dénoncer des restrictions budgétaires dans l’Education nationale.

Les comparaisons des taux de mobilisation entre aujourd’hui et les années 2000 doivent être réalisées avec prudence. « En 2010, le ministère a fait évoluer sa méthodologie », souligne auprès de franceinfo Laurent Frajerman, professeur d’histoire en lycée et chercheur associé au Centre de recherche sur les liens sociaux de l’université de Paris. « Depuis cette date, les pourcentages sont mécaniquement sous-estimés, ce qui pourrait laisser croire, à tort, que les profs font moins grève qu’avant », déplore ce spécialiste du syndicalisme enseignant, proche de la FSU.

Dans le second degré, les chiffres avancés par le ministère proviennent de remontées de terrain réalisées entre 8 et 9 heures le jour de la grève. Des chefs d’établissements relèvent le nombre d’absences non justifiées dans un logiciel et un taux de grévistes est calculé par rapport à l’ensemble du personnel. Une méthode critiquée, car elle comptabilise notamment comme non-grévistes tous les enseignants n’ayant pas cours dès 8 heures et qui seront pourtant grévistes.

« En s’appuyant sur l’effectif global de l’établissement plutôt que sur l’effectif attendu à 8 heures, le ministère réussit à minorer les taux de manière efficace. »

Laurent Frajerman, spécialiste du syndicalisme enseignant

à franceinfo

Cette méthodologie, également critiquée pour l’opacité de son échantillon, explique en partie les écarts importants entre les chiffres communiqués par l’exécutif et ceux des syndicats. Mardi, sur la base des intentions de grève déposées dans les écoles, le Snuipp-FSU avait promis « plus de 75% » de mobilisation dans le premier degré, soit près du double des 38,5% finalement annoncés par le ministère. Jeudi à la mi-journée, le Snes-FSU a fait état de 62% de grévistes dans le second degré, contre 24% du côté du gouvernement. Les techniques employées par les syndicats ayant, elles aussi, leurs limites, le bon compte se trouve probablement quelque part entre les deux.





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