Stéphane Richard va quitter la présidence d’Orange le 31 janvier au plus tard


Après sa condamnation dans le cadre du procès Tapie, le patron s’apprête à passer la main.

Après sa condamnation à un an de prison avec sursis en 50.000 euros d’amende dans cadre du «procès Tapie», Stéphane Richard, le PDG d’Orange a aussitôt proposé sa démission au Conseil d’administration. Ce dernier l’a acceptée mercredi en début de soirée. Stéphane Richard va néanmoins continuer d’exercer ses fonctions jusqu’à la mise en place d’une nouvelle gouvernance, le 21 janvier au plus tard.

Mercredi matin, le verdict tant attendu de la cour d’Appel de Paris dans le cadre du «procès Tapie» est tombé. La décision de justice qui met fin à dix années de présidence de Stéphane Richard, devait initialement être rendue le 6 octobre. Mais le décès de Bernard Tapie trois jours plus tôt avait poussé la Cour à reporter sa décision. La disparition de l’homme d’affaires a éteint les poursuites à son encontre, sans rien changer pour ses coaccusés. Stéphane Richard était poursuivi pour son rôle dans l’arbitrage de l’Affaire Tapie Crédit Lyonnais en 2008. Le patron d’Orange était alors directeur du Cabinet de Christine Lagarde, elle-même alors Ministre de l’économie. Un tribunal d’arbitrage avait attribué 404 millions d’euros à l’homme d’affaires, dans le but de solder le différend qui l’opposait à la banque depuis la vente d’Adidas en 1992!

Rapidement, la décision avait été critiquée. En 2013, nouveau rebondissement : Bernard Tapie, Stéphane Richard, devenu PDG d’Orange, l’ancien magistrat Pierre Estoup et l’avocat historique de Bernard Tapie Maurice Lantourne sont mis en examen pour «escroquerie en bandes organisée». Deux ans plus tard, l’arbitrage est annulé par la cour d’Appel. Puis en 2017, les cinq prévenus sont renvoyés en correctionnelle. Il faut attendre 2019 pour que la relaxe générale soit prononcée en première instance. Mais le parquet n’en reste pas là et fait appel. Avec le verdict que l’on connaît : Stéphane Richard, condamné pour «complicité de détournement public», écope d’un an d’emprisonnement avec sursis et de 50 000 euros d’amende. Une peine moins lourde que celle de infligée à Pierre Estoup, condamné à trois ans de prison ferme et 300 000 euros d’amende et à Maurice Lantourne, à trois ans de prison dont un an ferme, 300 000 euros d’amende et une interdiction d’exercice pendant cinq ans. À croire que «le verdict a été calibré. Le parquet ne se déjuge pas et Stéphane Richard pouvait prétendre rester à la présidence d’Orange», analyse un juriste.

En coulisses, nombreux sont ceux qui voient en Stéphane Richard un «fusible» dans cette affaire. D’ailleurs, celui-ci ne dit pas autre chose, affirmant à la sortie du tribunal : «je n’ai fait qu’exécuter la décision ministérielle d’aller à l’arbitrage, qui a totalement été assumée par Christine Lagarde. Qui a d’ailleurs été condamnée pour une simple négligence. C’est à ne rien y comprendre et profondément injuste».
Un sentiment qui prévaut d’ailleurs dans les rangs de l’opérateur. «Il était de bon ton chez Orange de penser – ou de faire semblant de penser – qu’il serait reconnu innocent», glisse un proche du dossier. «Parce que Stéphane Richard se dit innocent, on pensait que le verdict l’innocenterait», ajoute un autre proche. Stéphane Richard explique rejeter «totalement les accusations» et «va se pourvoir en cassation». «Je n’ai fait qu’exécuter la décision ministérielle d’aller à l’arbitrage, qui a totalement été assumée par Christine Lagarde», ajoute-t-il. Une situation qui explique en partie la stupéfaction de certains protagonistes à l’annonce du verdict.

« L‘annonce de la condamnation de Stéphane Richard par la Cour d’Appel a été un choc pour le personnel d’Orange, estime Sébastien Crozier, président de la CFE-CGC d’Orange. Il n’y pas urgence à démettre Stéphane Richard de ses deux mandats (Président et Directeur Général) même si son maintien ne peut être durable. Le Conseil d’Administration doit prendre le temps de choisir les meilleurs candidats aux postes de Président et de Directeur Général. Orange est une entreprise essentielle à la nation». La CFE-CGC Orange rappelle que le deuxième actionnaire d’Orange sont les personnels avec près de 7% du capital et 11% des droits de vote.

Une organisation bouleversée

Cela fait pourtant plusieurs mois que le groupe s’est mis en ordre de marche pour préparer la fin du mandat de Stéphane Richard. La gouvernance du groupe prévoit d’ailleurs que les directeurs généraux délégués Gervais Pelissier et Ramon Fernandez assurent l’intérim en cas de besoin. Loin du scénario privilégié par Stéphane Richard et son équipe. Le patron d’Orange avait lui-même posé un cadre misant sur la dissociation des fonctions de président de celles de directeur général. Il envisageait alors son maintien à la présidence non exécutive du groupe pour quatre nouvelles années, aux côtés d’un directeur général exécutif. Ce dernier aurait dû être désigné avant la fin de l’année, pour que le processus soit bouclé avant que la campagne pour l’élection présidentielle ne batte son plein. Une façon aussi de gérer un passage de témoin en douceur.

Mais la belle organisation a volé en éclats. Le calendrier a d’abord été bouleversé par l’agenda judiciaire avec le report du verdict du 6 octobre au 24 novembre, puis par la décision de justice. Elle a pris les dirigeants et administrateurs d’Orange à contre-pied. Misant sur une nouvelle relaxe, le conseil d’administration de l’opérateur et plus spécifiquement le Comité de gouvernance et de responsabilité sociale et environnementale, s’étaient mis à la recherche d’un directeur général, «compatible avec Stéphane Richard» dès le début de l’été. Le cabinet Spencer Stuart a été mandaté (nos éditions du 7 novembre). Plusieurs candidats internes et externes ont été entendus, à commencer par «les administrateurs qui le souhaitaient», soit une bonne moitié du Comité exécutif d’Orange. Ramon Fernandez, directeur financier du groupe, Michael Trabbia, Directeur innovation, Jean-François Fallacher, PDG d’Orange Espagne, Fabienne Dulac, PDG d’Orange France, feraient partie des prétendants au poste.

Si une candidature interne avait les faveurs de Stéphane Richard, l’État plaide en revanche pour un apport en sang neuf, «un patron à la Ben Smith (Air France), qui serait à la fois un fin connaisseur du secteur et extérieur à l’entreprise». Un homme ou une femme qui soit capable de secouer le cocotier Orange. Seul hic : le salaire. En 2019, la rémunération annuelle (fixe et variable) de Stéphane Richard s’est élevée à 1,6 million d’euros, loin de la moyenne de celle des patrons du CAC 40, à 5,8 millions et sans commune mesure avec les plus hauts salaires du CAC (23 millions d’euros). Pour attirer un «talent», il faudrait soit miser sur un grand commis de l’État, un profil finalement similaire à celui de Stéphane Richard, soit sortir le chéquier ou ! Un geste difficile en pleine campagne électorale, avec le sujet du pouvoir d’achat des Français en ligne de mire.



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