La pandémie a fait exploser les attaques contre les scientifiques



Selon une étude publiée par la revue Nature, les chercheurs s’exprimant dans les médias sont de plus en plus ciblés par des menaces et du harcelèment depuis le début de la crise sanitaire.

Marc Van Ranst est un virologue belge exerçant à l’université catholique de Louvain. En mai dernier, il a été placé, avec sa famille, sous protection policière dans une maison sécurisée. Le scientifique était la cible de Jürgen Conings, tireur d’élite et sympathisant de l’ultra-droite, en cavale et traqué par la police. Pour cause: sa présence dans les médias pour parler de la pandémie de Covid-19.

Si ce cas est extrême, il n’est néanmoins pas isolé. Anthony Fauci, immunologue américain et visage de la lutte contre le Covid-19 aux Etats-Unis, s’est vu attribuer des gardes de sécurité personnels après avoir reçu des menaces de mort contre lui et sa famille.

Nature, revue scientifique d’origine britannique, publie ce mercredi une enquête réalisée sur plus de 300 scientifiques qui se sont exprimés sur le sujet du Covid-19 dans les médias ou sur les réseaux sociaux. Deux tiers des répondants ont fait état d’expériences négatives à la suite de ces apparitions.

Menaces de mort

L’enquête révèle un large panel d’attaques, de menaces, d’harcèlement ou d’abus contre les scientifiques. Depuis le début de la pandémie, 22% des personnes interrogées ont reçu des menaces de violences physiques ou sexuelles. Pour plusieurs, l’adresse de leur domicile a été révélée en ligne. 15% d’entre eux ont également affirmé avoir reçu des menaces de mort.

Pour les scientifiques, recevoir des attaques sur les réseaux sociaux, des messages ou des appels menaçants n’est pas forcément nouveaux. Des sujets comme le dérèglement climatique ou les vaccins ont suscité des attaques dans le passé. Toutefois, même les chercheurs déjà médiatisés avant la pandémie déclarent que le Covid-19 a fait naître un phénomène différent : plus malveillant et plus récurent.

Vaccination, port du masque, hydroxychloroquine et autres potentiels traitements, origines du virus… Nombreux sont les sujets autour du Covid-19 qui ont entraîné des attaques contre les scientifiques et les experts.

Effet dissuasif

Même si les chercheurs essaient d’ignorer ces abus, ils peuvent néanmois avoir un effet dissuasif sur la communication scientifique. L’enquête de Nature montre que les scientiques les plus ciblés par les attaques sont également les plus suceptibles d’affirmer que cela affecte fortement leur volonté de parler aux médias.

En effet, 40 % ont déclaré avoir subi une détresse émotionnelle ou psychologique après avoir fait des commentaires dans les médias ou sur les réseaux sociaux. Un effet dissuassif qui peut s’avérer problématique dans une période de désinformation.

Des mesures à prendre

Face à cette alarmante situation, les scientifiques préconisent plusieurs mesures. Nature pointe l’importance d’une formation pour les chercheurs qui sont amenés à s’exprimer dans les médias et qui s’exposent donc aux menaces. Ensuite, les abus se perpétuant souvent sur les réseaux sociaux, le rapport soulève la perpétuelle question de la responsabilité des entreprises de réseaux sociaux pour ce qui est dit sur leurs plateformes.

En France, des professionnels du secteur tirent également la sonnette d’alarme. En septembre, une conférence dirigée par Jérôme Marty, président de l’Union française pour une médecine libre (UFML), pour pointer du doigt l’inaction du pouvoir face à la situation. Rassemblés dans le collectif #StopMenaces, des professionnels de santé et des scientifiques en première ligne en appellent à l’État pour être protégés des menaces dont ils font l’objet.

« Toute violence verbale ou physique doit être punie. Au-delà du relais, ce qui me choque, c’est l’impunité dont jouissent les personnes qui allument la mèche. Qui remettent en question la parole scientifique et font douter la population. Face à l’inaction de la justice, c’est nous qui sommes obligés de porter plainte, mais on peut y passer nos jours et nos nuits… « , a déploré Karine Lacombe, infectiologue à l’Hôpital Saint-Antoine.

Les femmes particulièrement ciblées

« Si vous êtes une femme, ou une personne de couleur appartenant à un groupe marginalisé, les abus seront probablement plus virulents et ciblés sur ces caractéristiques personnels », lit-on dans l’enquête de Nature.

Un constat partagé par de nombreux scientifiques depuis le début de la pandémie. En décembre 2020, trois médecins femmes, dont la française Karine Lacombe, ont signé une tribune dans la revue The Lancet pour dénoncer le cyberharcèlement dont les expertes santé sont victimes.

L’enquête réalisée par Nature démontre néanmoins qu’une grande partie des scientifiques retirent majoritairement du positif de leurs expériences dans les médias depuis le début de la crise sanitaire. 70% des personnes interrogées les considèrent, dans l’ensemble, positives ou plutôt positives.



Notre partenaire : 24h Actu

Source

Soyez le premier à commenter

Poster un Commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*