« Nous l’avions prévue, mais on n’a pas été écoutés », regrette le président du Conseil national de pédiatrie



« Nous l’avions prévue [cette épidémie de bronchiolite], mais on n’a pas été écoutés« , regrette sur franceinfo ce mercredi, le professeur Robert Cohen, pédiatre-infectiologue à l’Hôpital de Créteil et président du Conseil national professionnel de pédiatrie. Pour lui, nous ne sommes pas dans une situation de « saturation« , mais cette épidémie de bronchiolite « arrive dans un contexte très difficile« . Il précise qu’il encore possible de lutter contre cette épidémie. Il faut pour cela « renforcer les équipes, diffuser des messages de prévention, et ne pas baisser tout de suite les mesures barrières« .

franceinfo : Vous la constatez au quotidien cette hausse du nombre de cas de bronchiolite ?

Robert Cohen : Nous le constatons et nous l’avions prévue. Nous avions attiré l’attention en publiant depuis plusieurs mois que ce risque épidémique existe. Parce que nos enfants ont présenté très peu d’infections ces derniers mois et donc ils n’ont pas été immunisés. Donc, on s’attendait à des épidémies de plus grande importance et imprévisibles dans le temps. C’est exactement ce qui se produit en ce moment et nous l’avions dit dès le mois d’avril-mai. C’était une constatation, mais comme souvent, on n’a pas été écoutés. On n’est pas encore à la saturation, mais on a une activité qui est inhabituelle par rapport aux autres années à cette époque de l’année.

Vous voulez dire qu’on n’a pas assez anticipé, il aurait fallu ouvrir des lits supplémentaires ?

En dehors de lits supplémentaires, il y avait toute une série de mesures qui pouvaient largement être anticipées, dont des programmes de vaccination, dont des mesures d’hygiène plus importantes, dont des réseaux de surveillance. Maintenant on y est. On constate que ces épidémies vont être de plus grande importance et risque de mettre à mal les services de pédiatrie, des urgences de pédiatrie et tous ceux qui s’occupent des enfants parce qu’on est au bout de 18 mois de pandémie, parce que les gens sont fatigués, parce qu’il y a des lits fermés, parce qu’il y a beaucoup de problèmes de santé mentale. Donc, tout ça arrive dans un contexte très difficile.

Est-ce qu’il est encore le temps, alors, de faire quelque chose ?

Bien sûr qu’il est temps de faire quelque chose. C’est terrible de dire au bout de plusieurs mois, où on a pris des mesures d’hygiène, qu’il va falloir les renforcer ces mesures autour des enfants et des adultes. C’est pour limiter les épidémies, pour qu’elles n’arrivent pas toutes en même temps, et éviter que les pics s’accumulent en même temps. Et donc oui, il est temps de faire quelque chose, de renforcer les équipes, de diffuser des messages de prévention, de ne pas baisser tout de suite les mesures barrières, non pas à cause du Covid-19 mais pour toutes ces épidémies autour des enfants.

Est-ce que ce sont des cas plus sévères que d’habitude ?

Vous savez, la bronchiolite pour la majorité des gens et des enfants, c’est une maladie à la fois obligatoire car tout le monde l’attrape. Et il y a très peu de formes graves. Mais finalement, quand vous avez moins de deux mois, vous êtes obligé souvent d’être hospitalisé pendant deux ou trois jours pour apporter de l’oxygène pour vous aider à être hydraté et nourri. Les enfants ont d’abord le nez qui coule et ils toussent, de façon habituelle pendant deux ou trois jours. Puis les enfants respirent plus vite en faisant un peu de bruit, en sifflant. Le point sur lequel il faut attirer l’attention, c’est que très rapidement, parce que ça les fatigue, les enfants mangent moins bien. Il y a donc une corrélation entre ce qu’ils mangent et le risque de manquer d’oxygène. Et en général, quand un jeune enfant mange moins de 50% de sa ration alimentaire habituelle, c’est qu’il est gêné pour respirer. Alors il faut prendre des mesures.





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